Comment réussir -enfin- à aimer mon corps ?

Voilà près de deux ans maintenant que je me bats de manière quasi-quotidienne pour lutter contre la dysmorphophobie. Deux ans que j’apprends à aimer mon corps. Enfin, plus exactement, mon corps vieillissant et changeant. Mon corps qui perd de son élasticité, de sa tonicité. Deux ans que j’essaie de vivre mieux, en paix avec mon gros cul. Tous ces longs mois pour essayer de faire le deuil de ce poids que je n’arriverai plus à atteindre sur la balance, le poids de mes 20 ans. Celui qui allait avec mon corps de 20 ans.

Shooting photo 1 - Nana Cam Photo

Et puis voilà que viennent les beaux jours

Et avec eux, le matraquage médiatique qui nous intime d’avoir un corps parfait pour cet été. Oui, vous voyez de quoi je parle ! Tous ces gros titres qui parlent de “régime“, “minceur“, “zéro cellulite“, “beauté“…

Exposition Je ne crois que ce que je vois - Image de la femme

Crédit : Exposition “Je ne crois que ce que je vois” Clara Magazine

J’ai beau essayer de les ignorer mais ils sont partout. Dans les vitrines des kiosques à journaux à côté desquels je passe matin et soir pour aller bosser. Sur les devantures des pharmacies. En tête de gondole dans les magasins. Partout, partout, partout…

Et là, à force de message non subliminaux, que fait mon cerveau… Il réactive les connexions avec cette petite voix dans ma tête :

Eh ohhhhh, Egalimèèèèèère, c’est bientôt l’été… Il va falloir arrêter de fermer les yeuuuuux… Tu vas remettre des shorts et un maillot de baiiiin…. Et tu as de la cellulite plein le cul, tu as grossi, bref, ma pauvre fille, t’as encore merdé cet hiver.”

A cet instant, j’essaie de l’envoyer chier cette petite voix et de lui dire qu’elle m’a assez pourri la vie toutes ces années.

De lui dire que non, non et non, ça ne fait pas presque 2 ans que je lutte pour ne plus tomber dans le piège des régimes à la con pour céder là, maintenant. Parce que, nanmého, je suis forte maintenant, je sais que tout ça c’est dans ma tête. Que si je dois me battre, c’est contre ce mal qui me ronge et qui m’empêche d’aimer entièrement mon corps. Je le sais ! J’ai suivi des séances de coaching sportif qui m’ont permis d’évacuer toute cette pression que je gardais en moi et je me sentais mieux jusque là. Oui, jusque là…

Egalimère - Gants de boxe

Parce qu’un matin, je me lève et, telle une automate, je vais dans la salle de bain et je sors la balance.

J’effectue les réglages, je monte dessus et en attendant les résultats, je m’observe dans la glace. Le reflet n’est pas désagréable même si à cette heure matinale, je vois bien que le temps a des effets aussi sur mes poches sous les yeux. J’ai presque envie de sourire quand mon regard est attiré par les chiffres de la balance.

Et là, comment décrire cette impression, ce cri que j’étouffe dans ma gorge, cette rage qui me prend les tripes. Et la voilà cette voix qui revient en force et me hurle à la figure :

Putain, mais merde quoi ! Comment tu as pu te laisser aller de la sorte ? C’est quoi ces kilos ? Mais regarde ton cul maintenant, tu le vois comme il est gros, tu la vois toute cette cellulite. Oh putain, tu me dégoûtes… Et tu vas faire quoi là ? Continuer à te voiler la face, tourner les yeux pour ne pas voir la vérité en face ? Tu as grossi, tu as un gros cul, de la cellulite, tu ne donnes pas envie, putain…

Me voilà donc à me scruter dans le miroir de la salle de bain, des larmes plein les yeux.

Je la pensais à jamais disparue cette voix venue du passé.

Cette voix qui appartient à celui qui m’a bousillée de l’intérieur. Je pensais qu’il me ficherait enfin la paix et qu’il arrêterait de venir me hanter avec mon poids. Que j’en avais enfin fini avec toutes ces années sous le diktat de la minceur, de la beauté, du maquillage à outrance et des tenues sexys. Pourquoi maintenant ? Pourquoi ça me rattrape encore une fois tout ça ?

J’ai l’impression d’être au bord du précipice, prête à replonger dans les travers de la dysmorphophobie.

Dans ma tête, me voilà à dresser la liste des courses à faire pour les prochains jours. A organiser la manière dont je vais pouvoir discrètement, à l’insu de ma famille, bouffer des protéines matin-midi-soir pour perdre rapidement ces fichus kilos. Penser aussi à m’acheter plein de boissons gazeuses sans sucre pour me booster la journée même si c’est pas super bon pour ma santé. Et des compléments alimentaires aussi, tous ces trucs “mange graisse” et “anti-eau”.

Je vais me préparer un café et mon ventre crie famine.

Je lui enjoins de se taire parce que voilà, le mode “régime” est maintenant enclenché dans mon cerveau. Régime, régime, régime, maigrir, perdre du poids, m’affiner, ne plus avoir ce gros cul, dire adieu à la cellulite… Depuis que j’ai vu ce poids sur la balance, je ne pense qu’à ça et à cette “grosse merde sans aucune volonté” que je suis.

Alors je suis d’une humeur massacrante avec mon entourage. Je manque de patience avec les enfants, avec les gens dans les transports en commun, mes collègues. Ma vision des choses est négative sur tout, à l’image de celle que je me renvoie sur moi-même.

Je n’arrive pas à me concentrer au travail, mon esprit repart des années en arrière et les mots crus tournent dans ma tête. Ces mots que j’ai tant entendus et qui m’ont tant fait souffrir.

Alors je me connecte à Facebook et vois des notifications dans le groupe privé administré par Emilie Daffis (Le Repère des Parents). Cette dernière demande quels sont les thèmes que nous souhaiterions aborder dans un prochain live. Je me lance avec l’image de soi, le corps, comment réussir enfin à s’accepter, ne pas replonger dans la dysmorphophobie…

Illustration Mademoiselle Maman

Et là, ma proposition fait écho à d’autres femmes.

Alors Emilie a décidé que le prochain live serait consacré à ce thème. Comment réussir à enfin accepter son corps, ne plus être blessée par les remarques des gens, ne pas succomber à l’appel du régime ?

J’ai suivi ce live hier soir et j’ai réalisé de nombreuses choses sur moi, sur la pression que je me mets à vouloir retrouver le corps de mes 20 ans.

Mais aussi, cela m’a permis de me poser la question : pourquoi ? Pour plaire à qui ?

A un mec qui ne partage plus ma vie depuis plus de 10 ans mais qui l’a bousillée ? Pour retrouver un corps dans lequel, finalement, je n’étais pas si bien parce qu’il servait de faire-valoir ? Retrouver une apparence qui est en rapport avec une ancienne “moi” qui n’est plus la “moi” actuelle ?

Finalement, pourquoi mon corps est-il si réfractaire à retrouver l’apparence de mes 20 ans ?

Parce que je n’ai plus 20 ans d’une part mais aussi, pour d’autres raisons qui sont maintenant évidentes.

Shooting photo 4 - Nana Cam Photos - Se réapproprier son corps

Est-ce que je l’aimais déjà ce corps à 20 ans ?

Je ne m’étais jamais posé la question ! Cela parait incroyable mais j’ai réalisé ça hier, pendant le live avec Emilie. Est-ce qu’à un moment donné j’ai aimé mon corps même à 20 ans ? A 25 ans ou 30 ans .

La réponse est sans appel : NON ! Non, je ne pouvais pas aimer mon corps parce qu’il n’était déjà jamais assez parfait. Jamais assez fin, jamais assez grand, jamais assez sexy. Je n’entendais jamais aucune remarque positive sur mon corps mais sans cesse des critiques sur mon poids, ma cellulite.

Alors pourquoi est-ce que je m’obstine à vouloir à tout prix retrouver ce poids là ? Parce que j’ai envie de souffrir encore de longues années pour atteindre un idéal qui ne ME correspond pas mais correspondait à la vision de cet homme ?

Et si j’arrivais à retrouver le corps de mes 20 ans, je me soumettrais à nouveau à une énorme pression pour ne plus reprendre ne serait-ce que 200 grammes. Ça reviendrait à devenir mon propre “bourreau” corporel et surveiller tous les jours mon poids, le moindre centimètre carré de cellulite en plus non ?

Est-ce de ça dont j’ai envie ? Vivre le restant de mes jours sous le contrôle de mon poids ? Me mettre une pression constante pour atteindre un idéal qui ne me satisfera pas de toutes façons ?

Après le live, j’ai poursuivi mon introspection et j’en suis venue à cette terrible conclusion.

Petite voix, il va falloir que tu m’écoutes attentivement.

Cet homme m’a pourri la vie pendant 15 ans. Pendant toutes ces années, il m’a humiliée quand je prenais un kilo. Il m’a ignorée quand il trouvait que j’avais trop de cellulite. Ses remarques sur mon trop gros cul m’ont fait perdre toute estime de moi et tout le respect que j’aurai pu avoir pour ce corps. Pour MON corps.

Mais j’ai réalisé hier qu’à ce moment là de mon histoire, mon corps ne m’appartenait pas. Je l’ai laissé prendre les clés de ce dernier pour le conduire là où il le voulait, comme il le voulait. Il en a fait un accessoire qui permettait de LE mettre LUI en valeur.

Il était fier d’avoir un aussi beau trophée à exposer alors que lui-même avait souffert toute sa jeunesse des moqueries de ses camarades. Son grand nez, ses grosses lèvres, son teint, je sais que tout cela a dû être très difficile à vivre pour lui. Alors, comme il me l’a dit à plusieurs reprises, il a voulu prendre sa revanche sur ce passé et j’ai croisé sa route…

J’étais sa poupée, celle qu’il pouvait manipuler à sa guise. Mais le problème de cette poupée, c’est qu’elle n’était faite ni de cire, ni de plastique.

Alors quand j’ai commencé à grossir, que ma peau a pris un aspect moins lisse, il n’était pas content. Comme un enfant gâté, il ne supportait pas qu’on change son jouet.  Il voulait le garder intact comme au premier jour. Parce que si son jouet était moins beau, il ne recevrait plus de compliment. Il ne serait plus flatté, valorisé et son égo en aurait pris un coup.

Au final, dis moi la voix, tu aimais quoi ? Mon corps ou la personne qui est à l’intérieur de celui-ci ?

Tu vois, moi je suis persuadée maintenant que tu ne m’aimais pas mais que tu étais fier de dire

Je suis peut-être moche mais regardez le canon que je me tape !

Et c’est terrible de réaliser ça, de se dire que toutes ces années, je n’ai été qu’un objet, un faire-valoir.

En même temps, cela ne m’étonne pas quand je me retourne sur notre histoire. Cette histoire que nous vivions en parallèle mais pas ensemble. Une histoire basée sur l’emprise et la manipulation des sentiments.

Maintenant que j’ai mis des mots sur tout ça, je crois qu’il est grand temps que tu ailles bien te faire voir la voix !

J’ai assez souffert comme ça et je suis épuisée. Épuisée de me battre contre ce passé, contre ce poids, contre ce corps qui ne m’appartenait pas totalement.

Aujourd’hui, tu vois, je dois apprendre à vivre mon corps à moi. Celui qui a 48 ans et plus 20 ans. Ce corps qui a porté et donné la vie. Alors oui, madame la ménopause prépare son arrivée et ma thyroïde fait que mon poids joue au yoyo. Mais bordel, c’est MON corps. Le MIEN et pas celui d’une autre personne. J’en suis la propriétaire et personne n’en aura plus jamais les clés.

Et puis surtout, c’est le corps que mon mari aime et sur lequel il ne porte aucun regard malveillant. Lui, tu vois, il l’aime mon cul. Il le trouve beau, il aime sa forme généreuse et ses imperfections.

 

Shooting photo 6 - Nana Cam Photos

Et même si aujourd’hui je n’arrive toujours pas à porter le même regard que lui sur mon corps et mes fesses, je ne vais rien lâcher. Ça prendra sans doute du temps, je risque de revivre des moments pareils à ceux des derniers jours. Mais je vais continuer à aller de l’avant. Parce que je le veux. Je veux que cette voix s’arrête de venir me hanter une bonne fois pour toutes.

Hier soir j’ai compris que je ne veux plus avoir le même corps que j’avais à 20 ans. Non, je veux apprendre à me sentir bien dans celui de maintenant. Et pour ça, je me fais la promesse de le chouchouter, de l’entretenir, de le renforcer musculairement. Et d’essayer d’être bienveillante envers moi-même à défaut de m’aimer là, maintenant, tout de suite.

Je n’aurai plus jamais le corps de mes 20 ans mais je m’en fiche ! Parce que je ne suis plus la même personne que j’étais à 20 ans, parce que je ne veux plus vivre avec ce poids de mon humeur !

 

Toutes les phrases mises en rouge sont ses mots à lui. Ses mots durs, ses mots crus. 

Comments

  1. By Val

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  3. By Cécé

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  5. By Anouk

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  6. By Stéphanie Zébulon

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  7. By Caminade

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      • By Caminade

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