Tu seras “une femme” mon fils !

Si toutes les femmes ne viennent pas de Vénus (Coucou Charlotte Lazimi !), tous les hommes ne viennent pas de Mars non plus. Les propos qui suivent ne concernent donc pas tous les hommes… mais une grande majorité quand même parce qu’ils ne sont pas épargnés par les stéréotypes et les constructions sociales.

Pourquoi “Tu seras une femme mon fils !” ?

Tout est parti d’une discussion entre “filles” pendant laquelle nous avons commencé à parler de nos compagnons. L’un d’entre eux vit une histoire familiale difficile en ce moment et doit également gérer quelques soucis professionnels. Il est donc tendu, stressé et cela entraîne des répercussions sur la vie de couple et l’ambiance au sein du foyer.

Sa compagne m’explique que tout cela lui pèse, qu’elle aimerait pouvoir en discuter avec lui parce qu’elle se sent bien impuissante pour l’aider parce ce qu’il ne la laisse pas “entrer dans sa caverne” (rappelez-vous, les hommes viennent de Mars), ne veux pas en parler…

Et là, force a été de constater que la plupart des femmes présentes ont indiqué que leur compagnon avait le même type de comportement. En gros, nos hommes ne pleurent pas, ne se plaignent pas, ne racontent pas leurs soucis, ils “gèrent” de leur côté

A la question “Et toi, tu as déjà vu pleurer ton compagnon ?” la réponse est quasi unanime : oui, lorsqu’il a perdu un membre de sa famille ou un proche mais rarement lors d’une dispute, lors d’une déception, lorsque ça se passe mal au travail, lorsqu’il a abîmé sa voiture, lorsque notre enfant est hospitalisé, devant un film…

Je parle souvent de la pression sociale subie par les femmes mais rarement celle subie par les hommes. Et pourtant, elle est belle et bien présente et pesante.

L’homme, c’est celui qui, au temps des cavernes, allait chasser le mammouth pour nourrir toute la famille restée bien à l’abri dans la grotte. S’il se faisait piétiner par ledit mammouth, “même pas mal”, il se relevait et revenait en boitant (dans le meilleur des cas) pour ramener de quoi ravitailler femme et enfants.

Depuis des millions d’années donc, l’image véhiculée était celle de l’homme fort, robuste, courageux, viril, qui s’occupait de sa femme et de ses enfants parfois au péril de sa vie, ne rechignait pas à la tâche et travaillait durement pour le bien des autres.

Osez le féminisme
Campagne Osez le féminisme

Cette image perdure, bien encrée dans l’inconscient collectif.

Et cela commence dès la petite enfance. 

Dans une étude menée en 1974, Rubin montrait des nouveaux-nés à des adultes. Lorsqu’il présentait les enfants comme étant des garçons, les personnes pensaient à “fort, robuste, bien bâti“. Lorsqu’il les présentait comme étant des filles, les commentaires étaient “fine, délicate et douce“.

Une étude similaire avait été réalisée par Françoise Héritier qui donne des résultats presque identiques : elle présente la photo d’un nourrisson qui pleure. Les personnes répondent “en colère” si l’enfant est présenté comme un garçon, “effrayée” si l’enfant est présenté comme étant une fille.

Les attentes des parents ou de l’entourage sont différents en fonction du sexe de l’enfant, de manière inconsciente la plupart du temps. Même si on parle de plus en plus des stéréotypes et que les actions se multiplient pour sensibiliser le plus grand nombre, il reste encore beaucoup à faire pour changer ces mentalités bien encrées.

En effet, qui n’a jamais entendu “Mais arrête de pleurer comme une fillette” adressé à un petit garçon ? 

Comme le disait Brigitte GRESY dans une interview accordée à Eve Le BlogTout ce qui est connoté masculin est valorisé, y compris pour les filles qui s’en emparent. Et que tout ce qui est connoté féminin est dévalué, surtout pour les garçons. Les petites filles ne sont pas découragées de prendre exemple sur les petits garçons, mais il est interdit aux petits garçons de prendre exemple sur les petites filles. Etre une “fille manquée”, ça n’existe pas, ça mettrait directement en cause la virilité et vous sentez bien les relents d’homophobie que ça éveillerait.”

Et c’est ainsi que se sont construits les hommes d’aujourd’hui… Parfois, j’ai envie de leur dire :

Lâchez-vous les mecs, pleurez, sortez de votre grotte, exprimez-vous !!! Vous pensez qu’on vous aimera moins si vous avez des yeux rouges et bouffis, qu’on aura vu la fameuse “part de féminité” qui sommeille en vous, que vous aurez ENFIN lâché prise et que vous nous aurez montré votre “faiblesse” ??? “.

Alors bien sûr, nous avons toutes et tous dans notre entourage des hommes qui pleurent, se confient, parlent de leurs soucis…

Mais pour certains, l’image d’un homme qui pleure est tellement loin du rôle social encré en eux qu’il sera difficile de les faire changer ou accepter de se laisser aller.

Alors c’est peut-être auprès de nos enfants qu’il est possible de commencer à faire avancer les mentalités. En tous cas, c’est ce que je souhaite pour les miens.

Commencer avec nos enfants

Lorsqu’un de mes fils est en colère, lorsqu’il pleure, j’essaie d’appliquer les principes de l’éducation bienveillante qui me semble aussi bien convenir à une petite fille qu’à un petit garçon. Je le laisse pleurer, je lui explique qu’il a le droit d’être triste et d’exprimer ce qu’il ressent. Je ne lui demande pas de ravaler ses larmes et d’agir “comme un garçon“, non, je prends le temps qu’il faut pour qu’il puisse se vider de toute cette tristesse et d’en discuter avec lui s’il le souhaite.

Femme et enfant By Erika
Illustration By Erika

Alors oui, mes fils pleurent, mes fils se plaignent, mes fils ont peur, mes fils ont des comportements qui ne correspondent pas à l’image du petit garçon “fort et robuste” lorsqu’ils se laissent aller et versent des larmes ou se réfugient derrière un de leur parent.

Je sais que cette démarche n’est pas comprise par tout le monde, que laisser pleurer son garçon, c’est en faire une “fillette” mais je n’ai pas la même conception.

Je n’ai pas envie de voir mon enfant s’enfermer dans un rôle social auquel il peut échapper si, dès son enfance, nous lui donnons la possibilité d’exprimer ses sentiments, non pas comme le ferait “une fille” mais comme devraient pouvoir le faire tous les êtres humains.

Pour aller plus loin :

Le rapport de Brigitte GRESY et Sylviane Giampano “Le poids des normes dites masculines sur le vie professionnelle et personnelle des hommes du monde de l’entreprise” téléchargeable sur le site de l’ORSE

Les interviews de Brigitte GRESY sur le site Eve Le Blog

Le site “Les supers Parents

Les différentes études mentionnées dans l’article sont détaillées dans “L’élaboration socialisée de la différence des sexes” – Marie-Claude HURTIG

Commentaires

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  2. Par la carne

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  4. Par Evi

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