La culpabilité de la mère qui bosse

L’autre jour, j’ai lu un énième article coup de gueule d’une blogueuse, mère au foyer, qui en avait assez d’avoir à justifier de ne pas avoir d’activité professionnelle, de ne pas être une mère qui bosse.  J’ai l’impression que cette nouvelle montée en puissance des billets de mères au foyer relève d’un mal profond, celui de leur reconnaissance aux yeux de la société. J’en avais déjà parlé dans un billet, je ne vais pas revenir dessus. Mais en tant que mère qui bosse, je peux dire que le regard que posent les autres sur nous peut-être tout aussi culpabilisant, voire dénigrant.

La question n’est pas pour moi de savoir quelle est celle qui en fait le plus, quelle est celle qui a le meilleur rôle, quelle est celle qui devrait être davantage valorisée aux yeux de la société que l’autre, celle qui doit le plus culpabiliser… Non, chacune fait son choix – ou non d’ailleurs – et qui serais-je pour juger ce qui semble être le mieux pour chacune d’entre nous ? Non, ce que je veux dire c’est qu’on travaille ou qu’on ne travaille pas, dès que nous devenons mères, nous sommes soumises au regard et au jugement des autres (allaitement, portage, co dodo, tétine…). Nous sommes toutes dans le même bateau, toutes confrontées aux réflexions.

Avant d’être mère, je pensais que les mères qui travaillent étaient valorisées parce qu’elles réussissent brillamment à jongler entre leur vie professionnelle et leur vie professionnelle ? Qu’elles étaient reconnues parce qu’elles renvoyaient l’image de la WonderWoman qui a la patate du soir au matin, abat des tonnes de dossiers au bureau avant d’aller chercher ses enfants et d’enchaîner sur une deuxième journée ?

Banière Egalimère

Et puis j’ai eu mes enfants alors que j’étais salariée. J’ai aussi connu des périodes où je suis restée sans activité professionnelle (congé maternité, chômage…) pendant lesquelles on me demandait si je voulais retrouver du travail. J’ai profité de mes enfants jusqu’à leurs 6 mois mais je n’ai jamais envisagé de prendre un congé parental. J’ai donc été confrontée à tout un tas de situations discriminatoires et autres réflexions sur mon statut de mère au regard de mon investissement professionnel. Au travers de mon vécu, j’ai bien senti qu’être une mère qui bosse, aux yeux de certains, c’est une mère qui délaisse ses enfants et son foyer. Vous avez du mal à me croire ? Voici quelques situations qui ont parfois alourdi le fardeau de culpabilité que je portais sur mes épaules.

La crèche :

Lorsque je suis allée inscrire Loulou à la crèche il y a 9 ans, la directrice me demande quelle amplitude d’horaires d’accueil je souhaite. Je fais le calcul : je travaille de 9 h à 17 h, j’en ai pour une heure de trajet, donc 8 h – 18 h, soit les horaires d’ouverture et de fermeture de la crèche. Allez, devinez ce qu’elle a pu répondre !

Mais cela fait 10 heures à la crèche, c’est énorme pour un enfant de cet âge là !!!

Vous la sentez la chape de culpabilité qui s’est abattue sur mes épaules ??? Quelle mère étais-je donc pour imposer des journées aussi longue à mon enfant ??? (Culpabilité niveau 10)

Les sorties scolaires :

Les enfants de la classe de XXXXX iront au gymnase le mardi matin… iront à la galerie le jeudi après-midi… participent au cross des écoles le vendredi à 10 h… assisteront au spectacle de Noël le 18 décembre à 14 h… Quels parents peuvent nous accompagner ?

Ah oui… mardi, non. Jeudi, non. Vendredi, non plus… Je n’ai pas de RTT, il faudrait que je pose une journée de congé mais ma responsable m’a déjà dans le colimateur depuis que j’ai posé des jours enfants malades… Tant pis. Non, ne me regardez pas comme ça Monsieur le Directeur de l’école, je ne peux pas… Oui, je sais que ça ferait trèèèès plaisir à mon enfant que je l’accompagne. Je sais… (Culpabilité niveau 5)

L’appel “enfant malade” :

Allo Madame Egalimère, bonjour, c’est l’école… Je vous appelle parce que votre fils a 38,5° et qu’il faudrait venir le chercher tout de suite…

Sauf que tout de suite, pour moi, ça signifiait : aller prévenir ma responsable que je devais partir immédiatement car mon fils est malade, supporter ses réflexions sur le fait que ça n’arrive JAMAIS les mercredis (véridique !), remonter dans mon bureau, appeler tous mes rendez-vous de la journée pour les décaler à une autre date, fermer le logiciel de suivi, ranger mon bureau, courir prendre les transports en commun, courir jusqu’à l’école… Tout ça pour entendre :

Vous en avez mis du temps ! Il est vraiment mal là votre fils, il vous réclame en plus…” (Culpabilité niveau 9).

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Mes enfants mangent mal :

Ce matin, je suis allée au marché pour faire le plein de légumes et de fruits pour mes enfants. C’est important qu’ils mangent équilibrés, surtout en pleine croissance… Mais ça doit être difficile pour toi non ? Ils en ont pas marre de manger des plats tous prêts ???

Alors, non, mes enfants ne mangent pas QUE des plats tous prêts, surtout depuis que j’ai découvert des recettes faciles et rapides pour leur faire manger des légumes et du poisson. Et puis, il suffit qu’Egalipère leur fasse sa recette des “Pâtes à la papa” pour qu’un soir de semaine se transforme en soir de fête. Certes, je ne vais pas faire le marché, certes, mes fruits et légumes viennent d’endroits qui feraient bondir Jean-Pierre Coffe, mais là, zéro culpabilité !

La variante “Tes enfants mangent tous les jours à la cantine !!! C’est pas trop dur pour eux ?

La cantine permet à mes enfants de goûter des plats que je ne prépare pas à la maison et d’éveiller leurs sens. Et puis, quand ils ont mangé quelque chose qu’ils n’ont pas aimé et que je leur prépare un gratin de christophines avec du poisson curry-coco, ils ont l’impression d’être dans un 4 étoiles (même si cela ne détrône pas les “pâtes à la papa”, ingrats qu’ils sont !!!) !

Illustration Fanala

Illustration Fanala

Ma maison est sale et pas rangée :

Avec le temps que tu passes au boulot, ça ne doit pas être facile de faire le ménage et de ranger chez toi...”

Alors, entendons-nous bien : ce n’est pas parce que je suis la seule femme au sein de mon foyer que c’est à moi de réaliser 80 % des tâches domestiques comme le ménage, la vaisselle, la lessive, le rangement… OK ? On est 4 à vivre sous le même toit et donc 4 à se répartir les tâches en fonction de ce qu’il est possible de faire. Dès leur plus jeune âge, mes fils ont appris à ranger leurs affaires, mettre et débarrasser la table, plier leurs caleçons et leurs chaussettes… Alors autant dire que sur ce genre de remarque, la culpabilité frôle un score négatif !

Je ne vois pas grandir mes enfants :

Le temps passe vite tu sais, tu risques de regretter de ne pas avoir profité d’eux quand ils étaient petits…

Ah oui, elle pique un peu celle-là je le reconnais (culpabilité niveau variable). C’est vrai que je ne passe pas toutes mes journées avec mes enfants mais encore une fois, je préfère avoir des moments de qualité avec eux que la quantité. Je suis heureuse de les retrouver le soir, d’échanger sur nos journées, de partager des activités les weekend. Je n’ai pas l’impression de passer à côté de leur enfance. Je suis à leurs côtés tous les jours quand même !

Frères

Je délègue l’éducation de mes enfants :

Ah bon, c’est l’assistante maternelle qui lui a appris à aller sur le pot / manger avec des couverts / reconnaître les couleurs / compter jusqu’à 3…

Oui, ce sont l’Assistante Maternelle et les auxiliaires puéricultrices de la crèche qui ont appris à mes enfants certaines choses. Mais ce sont des étapes de la vie qui ont été mises en place d’un commun accord en trouvant des manières de procéder à la maison et à la crèche/chez la Nounou. Ils ont peut être fait des choses une première fois ailleurs que chez nous mais cela ne se serait pas fait sans nous. Alors non, nous n’avons pas délégué l’éducation de nos enfants, nous avons fait confiance à des professionnelles de la petite enfance pour nous aider à les mettre en place. (Niveau de culpabilité 2)

Mon boulot passe avant mes enfants :

Tu ne vas pas assister au concert de la chorale parce que tu pars en déplacement. Et qu’est-ce qu’il dit ton fils, il n’est pas trop déçu que tu ne viennes pas…

Celle-là aussi, elle appuie où ça fait mal. Ce qu’en pense mon fils ? Il aimerait bien que je vienne le voir en effet, il sera déçu. Mais, que nous soyons présents ou non, comme la plupart des parents, nous filmerons le concert et nous le regarderons à nouveau plus tard, tous ensemble. Alors je n’aurai pas ressenti son émotion sur le moment mais je pourrais lire la fierté dans ses yeux en voyant sa prestation sur petit écran. (Culpabilité niveau 5 quand même…)

Le plafond de mère (copyright Marlène Schiappa de Maman Travaille ) :

Le poste de coordinatrice a été donnée à Madame XXXXX parce qu’elle est davantage disponible que vous. Vous voyez ce que je veux dire ? Elle peut assister à des réunions en fin de journée, elle ne s’absente pas tous les quatre matins…

Ah ben oui, parce qu’on parle du regard des autres, mais les autres, ce sont aussi tous ces employeurs, ces collègues, qui rendent difficile la conciliation entre nos vies professionnelles et nos vies personnelles. Toutes ces choses qui font que nos salaires resteront inférieur de 27% en moyenne, que notre retraite sera inférieure à celle des hommes… (Niveau de culpabilité 0 mais alors une bonne grosse envie de faire bouger les choses !!!)

Mère qui bosse et alors ? 

J’aurais finalement de quoi écrire un bon recueil avec toutes ces remarques et réflexions parce que je suis sûre que vous aussi vous avez entendu ce genre de phrases et qu’elles vous ont marquées.

Comme je le disais en introduction, dès que nous devenons mère, nous sommes soumises au regard et au jugement des autres. Alors on fait quoi ? L’important à mes yeux, c’est d’être fière de soi, fière de ce qu’on accompli au quotidien. C’est d’être heureuse de passer du temps avec sa famille, quelle qu’en soit la durée. C’est de profiter de chaque jour qui s’écoule pour se créer de beaux souvenirs. C’est mettre à profit notre réactivité et notre sens de l’anticipation dans nos vies professionnelles en montrant qu’on est capable de s’adapter et de réagir dans des situations d’urgence.

C’est en étant sûre de nos valeurs qu’on arrivera à se moquer du jugement des autres et ce, quelque soit notre statut !  

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  2. By Audrey

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