Faire le vide pour se sentir libérée du passé

Je savais qu’elles étaient là, dans des cartons entassés dans le garage. Par dessus, j’y avais mis les affaires de plage des enfants, les seaux, les pelles, les moules à sable. Et encore par dessus, le set de badminton, le boomerang, les raquettes de tennis de table. Toutes ces choses dont on se sert l’été et qui nous permettent de nous créer de beaux souvenirs. Or, à chaque fois que je pense au contenu de ces cartons, j’ai un rictus de dégoût. Une gêne profonde mêlée à un sentiment de honte.

Prendre la parole sortir de sa coquille

Crédit photo @Nana Cam Photo

Faire le vide dans son garage et dans sa tête 

Je les gardais en me disant que je pourrais les vendre sur un vide grenier. Mais à chaque vide-grenier, elles sont restées là, dans leur carton. J’y pensais et puis j’oubliais. Mais hier, j’ai pris une grande décision : j’allais remettre le nez dedans ! Je savais plus ou moins à quoi m’attendre même si je ne m’y étais pas vraiment préparée. Mais je ne pouvais pas continuer à conserver les traces du passé comme ça.

J’ai profité d’un grand moment de motivation post-running pour m’attaquer au tri et rangement des affaires dans notre garage. J’ai vidé des cartons, regroupé les jouets, les chaussures, le matériel de bricolage et d’électricité, les tubes de mastic… J’ai rangé dans des boîtes, organisé par utilité, aménagé l’espace de circulation. J’ai apporté les cartons dans la benne de recyclable, des objets à la cave… Un beau travail de chantier dont j’étais assez fière ! Mais il me restait à affronter ce que je repoussais depuis des années.

Alors j’ai fini par sortir ces deux cartons.

Lorsque j’ai ouvert le premier, je suis tombée sur des pulls. Des pulls et t.shirt informes. Mais aussi des pantalons, encore des pantalons, des gilets très longs… Je sais à quelle période de ma vie ils correspondent. Celle où j’ai pris conscience de la femme objet que j’étais. Cette période où j’ai commencé à faire un rejet de mon corps, à ne plus vouloir le montrer mais le cacher. J’avais trop exposé mes formes, mes cuisses, mes seins, mon dos, mon cul contre mon gré que j’ai voulu prendre le contre-pied. Alors j’ai tout caché. J’ai tout camouflé sous des vêtements larges, noirs, longs. Ne plus rien montrer, ne plus rien exposer.

C’était presque avec nostalgie que je sortais ces pulls un à un, ces pantalons. Ces affaires n’étaient que le reflet d’une prise de conscience et d’un sentiment de défense, d’un besoin de me cacher pour me retrouver.

Une fois mises dans des sacs, je me suis attaquée à l’autre carton.

Celui qui était tout en dessous, celui sur lequel j’avais entassé des objets-bonheur comme pour contrecarrer tout le mal qu’il contenait.

Je l’ai ouvert et j’ai poussé un soupir. Des jupes courtes, encore des jupes courtes, des hauts courts et décolletés, des robes “ras-la-touffe”… Toutes ces fringues que j’ai porté pour attirer le regard des autres. Toutes ces jupes courtes, ces hauts qui découvraient ma poitrine, ces robes moulantes… Et dans ma tête, ces mots : “Mais comment j’ai pu porter ça ??? Comment j’ai pu accepter de m’habiller comme ça ???“. Alors oui, il y avait sans doute une part de moi qui devait être fière d’être “un canon”, cette fille sur laquelle les regards se portent.

Mais il y avait surtout cette fille qui avait peur de ne pas plaire à l’homme qu’elle accompagnait parce qu’elle savait ce qu’elle subirait au retour à la maison. Celle qui avait la peur au ventre de devoir entendre ces mots si crus et si durs. Cet avion de chasse qui était incapable de faire face à la violence psychologique et l’emprise…

Tristesse

Illustration Mademoiselle Maman

Comme pour enfoncer un peu plus le clou, j’ai regardé la taille de ces vêtements : 36, 38, S…  Punaise, je rentrais là-dedans moi… Oui, mais à quel prix ? J’ai lutté pour rentrer dans ces vêtements, j’ai fait tous les régimes de la terre, je me suis privée, j’ai pleuré, beaucoup pleuré. Parce que là encore, je n’avais pas droit à l’erreur. Un kilo pris et c’était le déni, l’ignorance, les mots durs et les regards qui tuent.

J’étais donc là, au milieu de toutes ces affaires qui appartiennent à une autre époque, à une autre partie de ma vie.

Oui, j’ai porté toutes ces choses. Et oui, je ressemblais à ce que les autres appellent une pétasse, une cagole, une putain… Oui, et en plus, j’étais maquillée comme une voiture volée. J’étais celle qu’il portait à son bras comme il aurait porté une montre de luxe, celle qui le mettait en valeur, son trophée, son bijou, son jouet, sa poupée…

Il m’a bien fallu 15 ans pour m’en sortir. 15 longues années à renier mon corps, à vouloir le cacher, à ne plus l’accepter. Tout ce temps pour me défaire de son emprise et mettre de la distance avec les violences que j’ai subies.

Alors hier, lorsque j’ai commencé à mettre ces vêtements dans des sacs, je savais que je tournais des pages de mon histoire. J’étais sur le point de clore un nouveau chapitre.

Mais il me fallait me débarrasser de ce fardeau définitivement. 

Je me suis rendue au conteneur “Le Relais” le plus proche de chez moi. J’y ai déposé tous les sacs un à un et me sentais un peu plus légère au fur et à mesure.

Je sais que certains de ces vêtements vont être revendus parce qu’ils sont encore en bon état. C’est le cas des pulls et pantalons, de ces vêtements qui m’ont servi de carapace le temps de passer une étape dans la reconstruction de mon estime de soi.

Mais j’espère que tous les autres seront réduits en chiffons ou matière isolante, en fibre, en bouillie… Qu’ils n’existeront plus, qu’ils ne seront plus rien d’autre que des petits bouts de quelque chose qui ont appartenu à une autre vie.

Je sais que je ne peux pas faire table rase du passé, que tout ça est au fond de moi, bien ancré. Mais, faire ce vide dans mon garage hier m’a permis de faire aussi le vide dans ma tête, de me libérer encore un peu plus de ce poids de ma vie d’avant.

Je me sens soulagée, plus légère et je crois que maintenant, je suis prête à passer à une nouvelle étape qui est restée bien trop longtemps en suspens…

TO BE CONTINUED…

Egalimère, ce n'est pas parce qu'on t'a coupé les ailes que tu ne dois pas trouver un autre moyen de t'envoler - j'arrête

 

Commentaires

  1. Par Stéphanie Rasleblog

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  2. Par Nana

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  3. Par Val

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  4. Par Paula

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