Plus que quelques jours #10dumois

Tic, tac, tic, tac… Les heures s’écoulent trop lentement par rapport à ces longs mois passés à attendre le procès. Plus que quelques jours et je me retrouverai face à celui qui a bousillé ma vie, celui qui a fait de moi cet être vide, comme mort de l’intérieur.

Tristesse
Illustration Mademoiselle Maman

Le 25 novembre s’ouvre enfin le procès

J’ai vu ça comme un signe du destin moi, lorsque mon avocate m’a annoncée la date de l’audience. Le 25 novembre, Journée mondiale pour l’élimination des violences faites aux femmes.

Il y a quelques années encore, je ne savais pas que j’étais une victime. Je pensais que c’était de ma faute si Marc s’était énervé après moi. Que je l’avais bien cherché, que je n’aurai pas du faire ceci ou cela…

Je refusais d’entendre mes amies lorsqu’elles me disaient que son attitude vis à vis de moi n’était pas normale. J’ai nié avoir reçu des coups lorsqu’elles s’inquiétaient de cette couleur autour de mes yeux qui n’avait rien à voir avec du maquillage.

Je vivais dans le déni, sous emprise sans encore réaliser que je subissais des violences

Sexisme pas notre genre - silent sunday 31

Je l’aimais si fort…

Je croyais tellement à cet amour qui nous unissait. D’ailleurs, après ce que j’appelais nos disputes, il était si gentil avec moi. Doux, attentionné, il me couvrait de cadeaux, de compliments, d’excuses. Il m’expliquait que si je n’avais pas agit comme je l’avais fait, cela ne serait jamais arrivé.

Marc avait peur que mes amies aient une mauvaise influence sur moi alors j’ai arrêté de les voir. Je trouvais des prétextes pour ne plus aller à nos soirées cinéma, faire du shopping…

Elles s’inquiétaient pour moi mais je leur répétait que tout allait bien, qu’elles avaient tord de penser que Marc voulait m’éloigner d’elles. Et, petit à petit, elles ont fini par ne plus m’inviter, ne plus prendre de mes nouvelles.

Si seulement nous étions toutes et tous davantage informé.e.s des mécanismes des violences faites aux femmes, des signaux qui peuvent nous alerter sur des situations…

comprendre les violences faites aux femmes - 3919

Au travail aussi, c’était compliqué

Si mes amies avaient remarqué des choses, mon supérieur aussi s’inquiétait de mes absences répétées. Il m’avait convoquée pour me parler de la baisse de mes résultats et se demandait si j’étais toujours motivée par ce que je faisais au travail.

En fait, mon esprit était ailleurs. Parfois, j’avais si mal dans le ventre, je me concentrait tellement fort pour ne rien laisser paraître que je n’arrivais pas travailler correctement. J’avais moins la niaque, l’envie de vendre, mais j’avais besoin de ce boulot. Il était pour moi un havre de paix. Un endroit où je me sentais bien sans avoir à m’inquiéter de savoir si le repas n’était pas assez chaud, si je n’avais pas souri à l’épicier du coin…

J’ai promis à Monsieur Renard de faire des efforts, de remonter mes résultats. Je m’accrochais à ce travail comme à une bouée de sauvetage pour ne pas sombrer.

Si seulement Monsieur Renard avait été sensibilisé et avait pu m’orienter vers l’assistante sociale de la boîte…

Appelez le 3919

Petit à petit, j’ai bien senti que je devenais l’ombre de moi-même. J’avais perdu ma joie de vivre, je vivais dans l’angoisse au quotidien mais je n’avais personne à qui en parler.

Et puis, un 25 novembre, j’ai entendu tous ces témoignages de femmes. J’ai vu ces reportages aux informations. Je me suis reconnue en chacune d’elles et j’ai réalisé que j’étais une survivante.

Oh oui, une putain de survivante qui avait la chance de s’en être sortie après deux séjours à l’hôpital.

Si seulement j’avais pu recevoir une information discrètement, sans que Marc s’en aperçoive, sur les numéros d’urgence et les associations

Et puis j’ai appelé

J’ai retenu ce numéro, le 3919. . Ma mémoire me jouait des tours tellement je vivais dans l’angoisse alors je l’ai répété dans ma tête encore et encore pour ne pas l’oublier .

Je n’ai pas osé dire que j’appelais pour moi alors j’ai dit que j’appelais pour une copine en parlant de ce que je vivais. La personne au bout du fil n’était pas dupe alors elle s’est adressé à moi en disant “vous pouvez dire à votre copine qu’elle n’est pas responsable de ce qu’elle vit, qu’elle est victime et qu’il existe des endroits où elle pourra avoir des renseignements en fonction de sa situation.“.

Elle m’a parlé de danger, de ces femmes qui décèdent sous les coups de leur conjoint, de plaintes auprès de la police… J’ai entendu qu’il y avait des moyens de s’en sortir, des personnes pour m’écouter et m’aider, des centres qui pourraient m’accueillir et me protéger, m’accompagner dans mes démarches. C’est à ce moment là que j’ai eu ce fameux déclic dans ma tête.

Le lendemain, je poussais la porte d’une association et par la suite, tout est allé très vite. Plainte, médecin légiste pour constater les coups, orientation vers un centre d’hébergement d’urgence, ordonnance de protection…

Plus que quelques jours

Mon ventre se tord quand j’y pense et mon cœur semble vouloir sortir de ma poitrine. J’ai tellement peur de l’affronter, peur de son regard menaçant qui va se poser sur moi. Il va falloir que je revienne sur ce que j’ai vécu et je sais qu’il va tout nier. Me faire passer pour une menteuse, celle qui l’a provoqué, se faire passer lui, pour la victime.

Mais depuis que je suis partie, je suis suivie par des personnes qui m’aident à me reconstruire. J’ai mis des mots sur ce que j’avais subi. Je reprends petit à petit confiance en moi même si c’est long, très long.

Alors, même si me retrouver face à lui me terrifie, je sais que je dois y aller !

Pour moi d’abord mais aussi pour toutes ces femmes. Celles qui meurent sous les coups de leurs compagnons.

Ces femmes qui se suicident parce qu’elles ne trouvent aucune issue. Toutes ces femmes qui vivent dans la terreur au quotidien. Celles qui se bourrent d’antidépresseurs ou d’anxiolytiques en attendant une issue. Mais aussi celles qui se réfugient dans l’alcool ou la drogue pour oublier, ne plus penser, supporter…

Alors j’espère que ce 25 novembre ou un autre jour, elles seront nombreuses à réaliser qu’il y a une issue possible. Qu’elles trouveront la force et le courage d’appeler le 3919 ou de pousser la porte d’une association.

Et qu’elles puissent, elles aussi, devenir des putains de survivantes !

Egalimère, ce n'est pas parce qu'on t'a coupé les ailes que tu ne dois pas trouver un autre moyen de t'envoler - j'arrête

Cet fiction est rédigée dans le cadre du rendez-vous #10dumois sur le thème “Plus que quelques jours”. Retrouvez les autres participations en cliquant sur les liens ci-dessous :

Rendez-vous le 10 décembre pour un prochain rendez-vous #10dumois sur le thème “Des étoiles dans les yeux

10dumois les thèmes de 2019

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