Le choix de Sophie, orthophoniste

J’ai accompagné de nombreuses personnes dans le cadre de leur reconversion professionnelle et j’ai toujours été impressionnée par la capacité à rebondir de certaines. Notre interviewée du jour fait partie de celles là. Tout quitter pour continuer sa vie ailleurs en ayant deux enfants, voilà le « Choix de Sophie », pour le meilleur et rien que le meilleur…

Illustration Les Créas de Nono


Bonjour,

En quelques mots, pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours ?

Je m’appelle Sophie, j’ai 42 ans. Je suis orthophoniste depuis 1997. Il y a 5 ans, j’ai quitté la région parisienne et le père de mes enfants pour venir vivre dans une petite ville de province avec un homme qui prend soin de nous. Aujourd’hui nous vivons à la campagne, à mille lieues de mon ancienne vie.

Tout plaquer et tout recommencer à presque 40 ans, avec la responsabilité de 2 petits, cela a été une décision difficile mais qu’est-ce que je suis fière et heureuse de l’avoir fait!

Combien avez-vous d’enfants et quels sont leurs âges ?

J’ai des jumeaux garçon/fille qui viennent de souffler leurs 7 bougies. Leur papa vit toujours à Paris, nous nous sommes séparés peu après la venue au monde des enfants.

A la naissance de vos enfants, avez-vous pu bénéficier d’un congé parental (vous ou votre conjoint) ?

J’ai été enceinte de mes enfants après un long parcours en PMA (ils sont nés par FIV). Cette grossesse a été un grand bonheur, mais aussi une source de grand stress: d’une part pour les risques qu’elle comportait (FIV/jumeaux), d’autre part car elle a créé une grande rupture dans ma vie professionnelle. En effet, j’étais à l’époque collaboratrice d’une orthophoniste en libéral, et l’annonce de ma grossesse gémellaire a déclenché chez elle une inquiétude telle que j’ai été victime de harcèlement. Je me suis arrêtée plus rapidement que prévu, et je n’avais donc plus d’emploi. Il a fallu gérer, en plus de ma grossesse à risque, un procès contre mon ancienne collègue. J’ai eu gain de cause au bout de 4 ans. Puisque j’étais profession libérale, pas de congé parental. Mais j’avais un léger revenu assuré par la banque, j’avais pris les devants bien plus tôt. Le papa des enfants assurait le reste.

Quels sont ou ont été les modes de garde pour vos enfants ?

J’ai eu la chance de bénéficier de 2 places en crèche très rapidement: une crèche venait d’ouvrir tout près de chez nous, et les parents de jumeaux étaient prioritaires. Je laissais les enfants 2 jours par semaine seulement, je ne travaillais pas; mais ça me laissait le temps de m’occuper de l’appartement, des courses, bref, de tout ce que je ne pouvais pas faire avec une poussette double à Paris ! Les choses étaient très compliquées pour moi à ce moment-là, je n’avais pas d’aide (les enfants avaient déjà 6 mois), ma famille
était loin, j’étais épuisée. Le papa des enfants participait hélas très peu, il rentrait tard, était très fatigué et se sentait dépassé par 2 bébés que je gérais moi, au quotidien. Notre couple n’a pas survécu…

Aux 2 ans 1/2 des enfants, après notre séparation, quand je suis arrivée en province, j’ai eu également beaucoup de chance, grâce à ma profession ! Les orthophonistes étant ici une denrée plus que rare, j’ai accepté mon poste actuel (salarié cette fois) à condition d’avoir un mode de garde adapté. La mairie a fait en sorte de me trouver 2 places en crèche collective.

Actuellement les enfants sont au CP, et au centre aéré le mercredi après-midi.

Votre employeur a-t-il mis en place des mesures pour favoriser l’articulation des temps de ses salarié-e-s ?

Je travaille pour une association (convention 51) qui entend assez bien les demandes d’aménagements particuliers pour les mamans (une grand majorité des salariés sont des femmes). Personnellement j’ai bénéficié d’un 80% le temps que j’ai voulu, et  je suis de nouveau à plein temps.

Certaines de mes collègues ont bénéficié du temps aménagé pour allaiter, ou des journées écourtées en fin de grossesse.

Comment faites-vous pour concilier votre vie professionnelle et votre vie personnelle ?

J‘ai un métier passionnant, avec des horaires plutôt réguliers, mais très prenant psychologiquement. Mon compagnon est gendarme, très investi également dans son métier, avec, lui, des horaires à rallonge ! Je porte donc beaucoup de choses toute seule. Ceci dit, même s’il n’est pas le père des enfants, j’ai la chance d’avoir un homme qui me soutient sans réserve, et qui participe à la vie de famille autant qu’il le peut.

La plus grande difficulté est d’être réellement disponible pour mes propres enfants, alors que je passe ma journée à jouer avec les autres ! Difficile d’avoir envie de se remettre, le soir et les week-ends, à la pâte à modeler, aux légos…Mes enfants me reprochent souvent de m’occuper davantage des autres que d’eux-mêmes. Je passe beaucoup de temps à leur expliquer la détresse des petits que je rencontre dans le cadre de mon métier, pour les sensibiliser aux autres. Ils commencent même à me proposer de donner les jouets qu’ils
n’utilisent plus pour les enfants du travail.

Dans l’ensemble, nous sommes une famille dans laquelle la parole est fondamentale, je ne suis pas orthophoniste pour rien ! Nous prenons beaucoup le temps de dialoguer avec les enfants, tout leur est expliqué, nous les impliquons parfois dans des réflexions, des choix que nous devons faire… cela aide beaucoup à avancer ensemble et à leur faire accepter certaines frustrations.

Quelles sont les mesures mises en place pour faciliter votre quotidien ?

Nous avons choisi de scolariser les enfants près de nos lieux de travail, plutôt que près de notre domicile (nous avons une demi-heure de route matin et soir). Cela permet une plus grande souplesse des horaires, et moins de garderie pour les petits.

Sinon les « drive » sont mes meilleurs amis, je passe moins de temps en courses, et j’instaure des routines par rapport aux repas: cela permet de moins réfléchir à ce qu’on fait, ça repose !

Et je profite de mes voisins fermiers pour avoir des œufs frais, des légumes de saison, les enfants sont ravis d’aller tripoter les animaux et ça nettoie la tête!

Vous arrive-t-il de prendre du temps pour vous ? Pour votre couple ? Comment vous organisez-vous dans ces cas-là ?

Avoir le papa des enfants à 500 km, c’est très culpabilisant (quoique de moins en moins finalement !), mais c’est aussi une chance. Il s’occupe de ses enfants une très grande partie des vacances scolaires, et nous, nous en profitons pour nous retrouver à deux ! Même si nous ne partons pas forcément en vacances, le rythme est transformé. Nous n’avons pas vécu seuls, sans les enfants, alors on se rattrape. Sinon, hors vacances scolaires, nous profitons d’avoir une grande maison pour inviter nos familles respectives dans de bonnes conditions, et nous n’hésitons pas à nous échapper un soir par-ci par-là pour un petit
resto en amoureux !

Si vous aviez un conseil à donner aux autres parents, quel serait-il ?

C’est très compliqué de donner des conseils quand on est soi-même dans le bidouillage, et la course quasi-permanente (car en plus de mon travail et des enfants, je suis aussi investie aux parents d’élèves de l’école, et dans une autre association pour améliorer l’accueil des patients et de leurs familles dans le cadre de mon travail).

Ce qui me parait aujourd’hui super important, c’est de savoir lever le pied, ne pas être trop exigeant avec soi-même. Tant pis si la douche n’est pas prise un soir, tant pis si les devoirs ne sont pas finis, tant pis si on ne cuisine pas tous les soirs, tant pis si la maison n’est pas rangée.

Et la question bonus : « Astuce mère parfaite » – « astuce mère imparfaite »

Mère parfaite ? Continuer à lire une histoire tous les soirs à mes enfants, même s’ils ont grands. Garder ce moment très précieux de l’endormissement et des câlins.

Mère imparfaite ? Me réjouir de leur départ en vacances !!!

Merci Sophie pour votre témoignage. Lever le pied, ne pas être trop exigeant-e avec soi-même, déculpabiliser… Voilà des conseils qu’il faudrait mettre en application au plus vite !

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Si vous aussi vous souhaitez apporter votre témoignage, vous pouvez utiliser le formulaire de contact ci-dessous pour me décrire votre parcours en quelques mots ou le faire par email : egalimere@gmail.com

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