Témoignage de Viviane, Assistante Maternelle

Lorsque j’ai partagé le billet de la Mama Seule Two sur son emploi d’Assistante Maternelle, Viviane m’a fait part de son envie de témoigner. Je lui ai donc adressé les questions et quelques jours plus tard, je recevais son témoignage. Et quel témoignage !

Il ne m’a pas laissée indifférente, j’y ai lu beaucoup de don de soi, d’amour mais aussi, de regrets et de culpabilité, de manque de reconnaissance et d’envie de faire bouger les choses.

Alors, pour Viviane, pour toutes les Assistantes Maternelles, je vous invite à lire ce récit et bien retenir ses derniers mots.

Bonjour,

Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours ?

Je m’appelle Viviane, 55 ans, assistante maternelle agréée en 1986 puis à partir de 1994. Auparavant, j’ai été assistante maternelle non agréée puisque l’agrément n’existait pas encore. J’ai également travaillé 4 ans dans une grande surface en Allemagne.

Je me suis mariée très jeune, à 20 ans car il y a 36 ans, mon mari, militaire, n’était pas en droit de vivre en concubinage. Pour obtenir un logement, il fallait impérativement être marié (il est bon peut être de rappeler que les militaires n’avaient pas un logement gratuit, comme bon nombre de personnes le croient encore contrairement aux gendarmes).

J’ai un BAC anciennement nommé G3, un BAFA, un CAP petite enfance passé il y a 5 ans, un premier degré d’allemand, premier degré de langage des signes, et  également un brevet de secourisme.

En 1977, j’ai également passé un concours pour pouvoir entrer à l’école navale de Brest, réussi avec mention mais j’y ai renoncé par crainte de devoir vivre ailleurs et dans un tout  autre domaine (lui l’armée de terre, moi la marine) et devoir me séparer de l’homme qui venait juste d’entrer dans ma vie et dans mon cœur. Nous nous sommes mariés en 1979 et je suis restée un an et demi à la recherche d’un emploi, puis ai désiré avoir un enfant. Lorsque j’étais enceinte de 3 mois, j’ai été retenue pour un poste au Compte Courant Postal. Mais, me voyant dans l’impossibilité totale de confier ce futur enfant à quiconque et n’ayant pas de famille près de chez nous, je l’ai refusé, et le regrette  encore aujourd’hui.

Femme de militaire, j’ai connu plusieurs déménagements dû aux différentes affectations de mon époux. Pas toujours simple, car à chaque départ, on perd des amis, et il est bien souvent impossible de pouvoir vraiment s’intégrer quelque part.

Illustration Mademoiselle Maman – le Blog

Combien avez-vous d’enfants et quels sont leurs âges ?

J’ai donc 2 enfants : une fille âgée de 34 ans et un fils qui aura 29 ans ainsi que 2 adorables petits fils (8 et 4 ans) que je ne vois, bien sûr pas assez souvent  puisque nous n’habitons
pas dans le même département.

A la naissance de vos enfants, vous avez fait le choix de vous occuper d’eux. Comment avez-vous vécu ces moments-là ?

Je ne me suis jamais sentie capable de donner mes enfants en garde, les confier à qui que ce soit m’aurait été cruel et impossible à vivre. C’est pourquoi j’ai décidé de les élever..

Pour la première le choix s’est fait dès que je suis tombée enceinte puisque l’on me proposait à ce moment-là un emploi, bien rémunéré, et que j’ai refusé sans même réfléchir. NON je ne pourrais jamais confier ce petit être… Je ne m’en sentais pas capable.

A sa naissance, je ne vivais que pour elle et par elle, ne me canalisant pas sur le ressenti des autres personnes de mon entourage, mais la première année fut plus difficile pour notre couple financièrement alors j’ai décidé de garder des enfants, à mon domicile ainsi je je me séparerai pas de ma fille…

C’est alors là que j’ai ressenti les premiers regrets… NE PAS TRAVAILLER, comme toutes les épouses des amis de mon mari. NE PAS TRAVAILLER comme bien des gens que je côtoyais. Rester à la maison, garder les enfants des autres personnes qui, ELLES, ont un emploi, me frustrait mais malgré cela je ne pouvais toujours pas accepter de confier mon enfant à quelqu’un d’autre…

Illustration Les P’tites Créas de Nono

Nous avons ensuite déménagé. Je suis à nouveau devenue nounou car en région parisienne et surtout là où nous habitions, il m’était impossible de trouver un emploi : mon mari partait souvent des semaines voire des mois.

J’ai eu mon fils tout en devenant assistante maternelle agréée. A ce moment-là, je ne ressentais plus cette oppression de ne pas être comme toutes ces femmes qui travaillent, car nous étions plusieurs femmes dans le même cas que moi. Certes être assistante maternelle est « un métier » mais je ne l’ai jamais ressenti comme tel puisque je restais à la maison.

Est-ce que vous sentiez que le regard des autres pouvait être culpabilisant parce que vous étiez « mère au foyer » ?

Oh que oui, culpabilisant et bien plus encore ! Tout d’abord du côté familial, j’ai trop souvent entendu dire par certaines personnes « Je travaille, moi ». Mon mari m’a aussi fait culpabiliser lorsque, fatigué, il disait et dit encore « Je dois aller bosser demain moi, toi tu  restes à la maison ».  Être mère au foyer est certes un choix, mais on m’a bien trop souvent jugée.

Une fois vos enfants devenus grands, vous avez souhaité reprendre une activité professionnelle. Comment vous y êtes-vous prise ?

J’ai donc été « nounou » depuis la naissance de ma fille, puis demandé un agrément après la naissance de mon fils. Il fallait faire un stage de 120  heures pour obtenir ce dernier. Lorsque j’y allais, mes enfants étaient toujours gardés par leur papa, qui prenait alors un congé.

Puis lorsque nous avons été muté en Allemagne, j’ai entrepris de travailler dans une grande surface mais à mi-temps. Ma fille avait 8 ans et se débrouillait comme une grande. A son retour d’école, elle réchauffait le repas que j’avais préparé la veille, récupérait son frère en garde chez une amie que je connaissais bien et qui habitait l’entrée voisine. Le papa revenait à la maison entre midi 10 minutes après et ils mangeaient ensemble. Je rentrais vers les 13 heures 30 et pouvait les emmener à l’école ensuite. En ce temps-là il n’y avait pas tout ce que l’on entend à la radio et là où nous étions en Allemagne, on pouvait laisser les voitures ouvertes la nuit, les enfants dehors sans craindre quoi que ce soit.

J’ai travaillé 4 ans dans ce supermarché, jusqu »à notre mutation vers la France. J’ai ensuite postulé à plusieurs endroits mais étant femme de militaire, je me suis vue refuser des tas de poste. J’ai alors repris le métier d’Assistante Maternelle pour pouvoir apporter un peu de revenus au foyer.

Puis est arrivée la maladie… impossible de travailler ailleurs qu’à la maison. 

Vous exercez le métier d’assistante maternelle, et comme beaucoup de professionnel-le-s de ce secteur, vous évoquez le manque de reconnaissance de votre profession. Quelles mesures pourraient être mises en place pour changer le regard des autres ?

Ce métier est trop souvent vu comme si nous n’étions que de simple « mamans aux foyers ». Aujourd’hui n’ayant plus mes enfants à la maison c’est encore pire : je suis aux yeux des autres une femme au foyer. Alors même que j’exerce ce métier, on me considère comme une femme qui ne fait rien. Il y a déjà eu une sorte de reconnaissance, ou tout au moins de la part de l’État en modifiant les modalité de salaire des Assistantes Maternelles. Pendant longtemps, nous étions rémunérées uniquement à l’heure de garde.  Cela menait à certains abus de la part de parents qui confiaient leurs enfants de temps à autre chez les grands parents ou autre, qui inventaient des maladies pour ne pas confier l’enfant et donc, moins nous payer. Avec cette réforme, même si l’enfant est absent, nous sommes rémunérées. Le contrat que l’on instaure avant la garde définitive est un peu plus explicite…

Il faudrait, je pense en parler plus dans les médias, expliquer aux parents que l’enfant qui sera confié chez une nounou y sera chez une personne ayant appris le métier (bien que pas assez d’heures de formation pour les débutantes), une professionnelle de la petite enfance donc.

Je regrette aussi le manque de contacts avec les PMI ou les personnes sensées encadrer notre profession. Dans mon département par exemple, je ne vois  l’assistante sociale que tous les 5 ans lors du renouvellement de l’agrément alors que les parents me confient leurs enfants tous les jours, que je suis reconnue comme une professionnelle de la petite enfance… Il n’y a jamais eu de soucis avec les parents mais un peu plus de contrôle, dans certaines situations, permettrait de mieux recadrer nos droits et nos devoirs.

Comment faites-vous pour concilier votre vie professionnelle d’assistante maternelle et votre vie privée ?

Tant que mes enfants étaient à la maison je ne regardais pas les heures de travail, ni les horaires. J’ai gardé des enfants des weekends, des soirs jusqu’à 21 heures 30…

Mais depuis quelques années, je m’oblige à refuser les personnes qui ne peuvent venir récupérer leurs enfants avant 18 heures, car je veux enfin profiter de ma vie et de mon mari, faire quelques activités et surtout pouvoir me rendre à mes différents rendez-vous médicaux.

Ce que les parents ne voient pas, c’est qu’au départ de leurs enfants, je passe encore du temps à ranger les jeux et les jouets que je sors chaque jour dans le salon et la salle à manger pour que nous puissions nous sentir chez nous et non dans  une garderie.

Je me lève chaque matin à 5 heures 45, pour faire mon ménage (aspirateur et lavage des sols tous les jours) et préparer, selon l’âge de l’enfant les activités que nous allons faire dans la journée.

Illustration Mademoiselle Maman – le Blog

Le plus difficile est lorsque mon époux est malade ou en congé. Il dort  longtemps le matin alors j’essaie de faire mon maximum pour ne pas faire de bruit, en espérant surtout  du beau temps pour que je puisse sortir avec les enfants.

Quelles sont les mesures mises en place pour faciliter votre quotidien ?

Je ne prends pas de mesure mise à part les horaires pour récupérer les enfants. Je refuse de garder des petits au-delà de 17 heures 30, exceptionnellement 18 heures (sauf le vendredi car étant 2ème adjointe au maire, je dois également être présente à la mairie de 17 h 30 à 19 heures ce jour-là).

Je me donne à fond chaque jour pour que les enfants soient bien et que les parents n’aient pas à regretter leur choix.

Vous arrive-t-il de prendre du temps pour vous? Pour votre couple? Comment vous organisez-vous dans ces cas-là ?

Je profite de la sieste des petits pour souffler un peu car avec ma maladie je suis très fatiguée. Je n’ai pas voulu interrompre pour autant ce métier que j’aime et qui m’apporte énormément de bien être par rapport aux enfants.

Par contre ayant plusieurs enfants de familles différentes, je ne peux prétendre qu’à 3 semaines de congés imposés en août. Mon mari a des RTT, des vacances autres que les miennes et c’est un peu ennuyant car il doit alors vivre avec des enfants dans la maison, des jouets un peu partout, et surtout je ne suis pas libre pour l’accompagner dans les magasins ou faire des sorties.

Comme dit précédemment, il dort longtemps le matin et pour ne pas le réveiller, je sors avec les enfants lorsque le temps le  permet ou encore j’essaie de trouver des activités qui ne sont pas trop bruyantes (pas évident lorsque l’on a des bébés).

Les parents prennent leurs vacances hormis les 3 semaines imposées un peu comme ils l’entendent sans se rendre compte que  j’ai toujours un autre enfant en garde pendant ce temps-là.

Pendant les congés de mon mari, je ne suis pas là pour lui, il le sait : les enfants en garde sont ma seule occupation et ma vocation première

Si vous aviez un conseil à donner aux autres parents, quel serait-il ?

Aux parents qui confient leurs enfants à une assistante maternelle, je leur dirai : ne soyez pas égoïstes, pensez que celle qui a la garde de votre petit a également le droit d’avoir une vie comme vous avez la vôtre. Lorsque vous sortez du travail, votre boulot est terminé donc lorsque vous récupérez votre enfant, normalement celui de la nounou est aussi terminé ! Alors les 5 minutes de plus pour discuter de la journée de votre enfant, c’est encore acceptable mais plus, ça devient embêtant. Rappelez-vous qu’après votre départ, il nous faut ranger les jeux, les jouets etc… Et profiter de notre vie de famille.

ASSISTANTE MATERNELLE est un VRAI métier pas un passe-temps. Nous sommes
certes, chez nous, mais votre enfant a besoin de nous et ce n’est pas toujours de tout repos.

Aux personnes qui voudraient faire ce métier : sachez que non, nous ne sommes pas reconnues encore comme une profession à part entière mais si vraiment vous êtes décidées alors n’hésitez pas ; donnez votre amour et votre temps à ces petits qui savent si bien nous le rendre !

Illustration Fanala

Merci Viviane pour ce témoignage ! 

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Ce témoignage vous a donné envie de partager votre expérience en matière d’Articulation des Temps, envoyez-moi un mail avec vos coordonnées à l’adresse suivante : egalimere@gmail.com.

 

Commentaires

  1. Par MEUNIER Corine

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