Mon corps et moi #10dumois

J’ai déjà beaucoup (trop ?) écrit sur le rapport que j’entretiens avec mon corps. Je pensais avoir déjà tout raconté sur l’origine de cette dysmorphophobie, sur mon chemin vers la réappropriation de mon corps, de mon image, de l’estime de moi. Alors qu’est-ce que j’allais bien pouvoir raconter sur le thème “Mon corps et moi” pour ce rendez-vous #10dumois de juillet ?

Mon corps et moi

Si je devais faire un résumé, je dirais que c’est une longue histoire à base de “je t’aime, moi non plus” sur fond de violences psychologiques.

Cela fait maintenant un an que j’arrive tant bien que mal à avoir un rapport un peu plus apaisé avec mon corps. Depuis cette prise de conscience lors d’un échange avec Emilie Daffis :

Mais depuis cette prise de conscience, j’ai encore fait du chemin dans mes réflexions sur les raisons de ces troubles qui perdurent. En entamant cette réappropriation de mon corps, je n’avais pas du tout conscience qu’il s’agissait d’un dommage collatéral des violences psychologiques que j’ai subies.

Oui, je parle bien de violences psychologiques et de l’emprise d’un pervers narcissique.

Je sais bien que ça fait sourire ou soupirer certaines personnes quand je dis ça parce qu’elles ont encore du mal à me croire quand je parle de ces violences subies. Elles pensent sans doute que j’ai envie de me faire plaindre, de jouer la victime, que j’exagère, que je suis une mythomane.

C’est vrai quoi, beaucoup de temps a passé alors comment cela se fait-il que j’en sois encore à tout mettre sur le dos de cette époque ? Et puis, est-ce que je n’exagère pas un peu par rapport à ce que j’ai subi ? C’est pas comme si j’avais été frappée, hein, ça c’est de la violence… Par rapport à ce que d’autres subissent ou ont subi, je n’ai pas à me plaindre…

Voilà pourquoi je vais (encore) en parler aujourd’hui pour tenter de vous faire comprendre pourquoi mon corps garde en mémoire les traces de ces violences. Pourquoi, des années après, je ne suis pas encore en mesure de dire que j’aime mon corps, même si j’ai sacrément avancé.

Le vilain petit canard

J’ai vécu plus de 15 ans avec une personne qui exerçait de manière quotidienne un contrôle sur mon poids et mon apparence physique. De ma coiffure à la manière de m’habiller, tout était “contrôlé”.

Si je prenais du poids, il me faisait la gueule, m’envoyait des phrases assassines ou m’ignorait complètement.

Dès que je ne portais pas les vêtements qu’il avait choisi pour moi, pareil.

Si je n’étais pas maquillée, si je n’étais pas coiffée, si je n’étais pas épilée… encore et toujours pareil.

Qu’est-ce-que je l’ai entendu me dire que pas maquillée je suis moche, qu’avec 2 kilos en trop je suis horrible, que ma cellulite est un tue-l’amour. Ou que je ressemble à un sac à patate dans des vêtements autres que sexy, que mes jambes sont trop petites et que je dois donc porter des talons de 12 cm…

Vous comprendrez déjà un peu mieux pourquoi je traîne des complexes qui sont fortement ancrés au fond de moi.

Pourquoi je ne suis pas partie ? : https://egalimere.fr/2019/01/comprendre-les-mecanismes-des-violences.html

Des complexes renforcés par des injonctions

En poursuivant le travail sur les raisons de ma dysmorphophobie, j’en suis venue à me rappeler de ces injonctions pour avoir un “corps parfait”. En effet, comme me maquiller, me coiffer, m’habiller sexy… ne suffisait pas à faire de moi un objet de désir, celuiquimabousilléedelintérieur avait plus d’un tour dans son sac pour détruire un peu plus à chaque fois l’estime que je pouvais avoir de moi.

C’est ainsi que, année après année, la médecine esthétique faisant des progrès et des innovations, il aurait voulu que je subisse des interventions sur les différentes parties de mon corps.

Fort heureusement pour moi, étudiante ou en début de carrière, mon compte en banque ne me permettait pas d’investir dans la rénovation de mon corps. Parce que oui, en plus, cela aurait été à moi de payer ces interventions hein. C’était pour mon bien à moi, pour que je sois plus belle pour lui et qu’il n’aille pas voir ailleurs.

Punaise, quand j’y pense, je me dis que je l’ai échappé belle !!!

Des cheveux frisés, des ongles longs et vernis…

Assez rapidement, il a voulu me faire devenir “femme”. J’avais des cheveux courts, fins et raides quand je l’ai rencontré. Au bout d’un an, je les avais laissé pousser et il m’a “offert” ma première permanente. Pour lui, avoir des cheveux frisés, c’était tellement plus sexy ! C’est ainsi que pendant 13 ans, tous les 3 à 6 mois, je retournais me faire friser.

Je devais également avoir des ongles longs et du vernis dessus. Comme je m’occupais de tout à la maison, c’était assez difficile pour moi de conserver des ongles vernis.

Savez-vous quelle solution il m’a apportée ?

Il m’a proposé d’acheter un lave vaisselle pour que je n’ai plus à faire la vaisselle à la main. Véridique. Je préfère en rire maintenant !

Du maquillage permanent

Plusieurs fois, quand je sortais de la douche ou du bain, que je me dirigeais vers lui, j’avais droit à ce terrible :

Tu veux pas aller te maquiller, parce que là, je ne te reconnais pas, tu ne me fais pas envie…

Et puis un jour, il a lu un article dans un magazine sur le maquillage permanent. Une espèce de tatouage des paupières. Forcément, c’était LA chose qu’il fallait absolument que je fasse pour avoir l’air maquillé du matin au soir, à la plage, en sortant de la douche…

Une augmentation mammaire

Mon 85 B n’étant pas suffisant à l’époque des top model aux gros seins (Adriana Karembeu et son célèbre “regardez-moi dans les yeux” pour la marque Wonderbra entre autres), j’avais investi dans tout un tas de soutifs rembourrés pour faire en sorte de donner l’illusion d’une forte poitrine.

Mais, à la plage, les seins nus, il désespérait devant “mes œufs au plat“. Alors il a trouvé que ça serait une très bonne idée de me faire implanter des prothèses mammaires pour ressembler à son idéal féminin. Mais pas pour gagner juste un bonnet hein, allons-y gaiement et envisageons tout de suite un passage au 95 C !

Une opération des mollets pour me faire gagner 3 ou 4 cm de jambes

Comme il trouvait que j’avais des jambes courtes par rapport à mon buste, je devais porter des talons hauts en permanence. Alors, lorsqu’il a entendu parler de cette intervention, il s’est empressé de se renseigner.

Avoir des jambes plus longues, cela aurait permis d’affiner ma silhouette et de “minimiser l’aspect petites jambes-gros cul“. Je vous ai déjà dit qu’il pouvait avoir des mots doux non ?

J’aurai sans doute pu économiser sur l’achat des chaussures à talons hauts si j’avais grandi de 4 cm allez savoir…

Extrait de l’édition en anglais du magazine Marie-Claire, en avril 2003
Source https://information.tv5monde.com/terriennes/chine-pour-quelques-centimetres-de-plus-3317

Des injections pour faire gonfler les lèvres

J’ai toujours eu des lèvres fines et cela n’avait jamais eu l’air de poser problème à qui que ce soit. Et puis, est venue cette terrible mode chez les people de se faire gonfler les lèvres pour les avoir plus “pulpeuses”.

Les “bouches à pipes” étant donc plus sensuelles et excitantes, cela manquait forcément à mon apparence physique de bimbo selon lui…

Une liposuccion, enfin, des liposuccions

Oh punaise, qu’est-ce que je l’ai entendue cette injonction ! Même quand j’avais perdu 5 kilos suite à un été passé sans manger, madame la cellulite était toujours bien incrustée. Il s’avérait donc absolument nécessaire pour moi d’avoir recours à cet acte de chirurgie esthétique.

Quand j’ai repris du poids, il s’agissait pour lui de LA solution miracle et j’aurai dû y avoir recours pour mes fesses, mon ventre, mes mollets…

Une ligature de la mâchoire

Qu’est-ce donc ? Tout simplement quelque chose qui aurait consisté à me faire coudre la mâchoire pour ne plus ouvrir la bouche.

Pourquoi ?

Bah, pour éviter de manger pardi ! Et donc, maigrir. Retrouver “ptit cul de compétition“….

Me réapproprier mon corps après tout ça

Pendant des années, j’ai donc tout fait pour ressembler à cet idéal féminin. Enfin, son idéal féminin !

Pendant des années donc, j’ai vécu en pensant que mes fesses étaient trop grosses, mes jambes trop petites, mes seins pas assez gros… Je n’étais jamais “parfaite”. Il y aurait toujours eu un défaut à gommer, une partie du corps à refaire.

Durant plus de de 13 ans, j’ai vécu avec cette pression quotidienne d’un poids à ne pas dépasser, de la chasse à la cellulite, d’un contrôle de la manière de m’habiller.

Ajoutées à cela, des incitations régulières à avoir recours à la chirurgie esthétique pour modifier telle ou telle partie de mon corps.

Sans oublier la violence de ses propos quand je grossissais, la manière dont il me regardait comme uen grosse merde ou pire, m’ignorait complètement en détournant son regard d’un air dégoûté.

Voilà pourquoi, mon corps et moi, nous avons eu un long, très long chemin à parcourir pour en arriver là où nous en sommes aujourd’hui.

Alors, pour celles et ceux qui doutaient encore que c’est une forme de violences, j’espère que ce récit vous aura permis de comprendre que oui, c’en est une.

Dans tous les cas, je vous invite à lire ou relire ces articles :

“Mon corps et moi” pour les participant.e.s au rendez-vous #10dumois

Pour lire les différentes participations, cliquez sur les liens ci-dessous :

Rendez-vous le 10 août pour un nouveau #10dumois sur le thème “On allait au bord de la mer“.

10dumois les thèmes de 2019

Commentaires

  1. Par Isa01200

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  2. Par Marie

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  3. Par Kiara Papillon

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