Livres d’éveil et stéréotypes filles garçons

Cette année encore, j’ai pu me rendre à la soirée presse du Salon Kidexpo à Paris en compagnie de Loulou. Avant de vous parler de nos coups de cœur, je vais pousser un coup de gueule contre un éditeur de livres interactifs pour enfants. J’avais déjà pointé du doigt une maison d’édition qui fait rimer livres d’éveil et stéréotypes filles-garçons.

Mais avec cet éditeur, je dois avouer que j’ai trouvé matière pour illustrer des séances de sensibilisation à l’égalité filles-garçons.

Prise de contact avec l’éditeur

Avant de rédiger cet article, j’ai envoyé un message à l’éditeur via la page Facebook et le site.

Je n’ai pas obtenu de réponse.

Lorsque je suis retournée au Salon Kidexpo avec mes enfants le dimanche, je me suis rendue sur le stand. J’y ai rencontré une personne à laquelle j’ai exposé mes remarques en demandant de bien vouloir faire remonter aux responsables. J’ai bien vu à son regard qu’elle se demandait ce que je pouvais bien lui vouloir. Après avoir donné mon point de vue sur ces livres d’éveil, j’ai bien senti que je la dérangeai et qu’elle ne comprenait pas bien l’objectif de ma démarche. En gros, je la faisais chier avec mes remarques et elle n’avait qu’une envie, que je dégage de là.

Elle m’a alors répondu qu’il n’y avait aucune intention sexiste dans ces livres. Que les activités proposées dans les éditions fille ou garçon correspondent à des situations de la vie quotidienne. Elle m’indiquait également que rien n’empêchait une fille de choisir une édition garçon et inversement. Preuve qu’il  n’y avait aucune intention sexiste derrière ces livres d’éveil.

Bref, pour elle, point de sexisme ou de stéréotype dans ces images, juste un reflet de la réalité (SIC !).

Alors regardons d’un peu plus près ces livres d’éveil

J’étais quand même curieuse de connaître leur description sur le site. Je n’ai pas été déçue…

Dès la page de présentation, les activités proposées pour les garçons et les filles sont empruntes de stéréotypes.

Le petit garçon est un inventeur, il aime découvrir des choses. Il peut devenir mécanicien, diriger le transport ou pêcher.

La petite “mademoiselle” va aimer ces accessoires, décorations, rubans. Et en plus, elle peut jouer dans sa propre cuisine, buanderie ou garde-robe.

Les garçons partent à l’aventure, explorent le monde. Les filles restent à la maison à se faire belles, cuisiner, s’occuper du linge… Oh mais attendez, c’est pas un peu stéréotypé ça ? Attendez, vous n’êtes pas au bout de vos surprises.

Découvrons les pages intérieures de ces livres d’éveil (en avant les stéréotypes !)

On l’a compris, ces livres d’éveil vont donc proposer des activités différentes selon que l’édition soit pour garçon ou pour fille.

Et pour ne pas se tromper, les couvertures et les pages de ces livres d’éveil sont bleues pour les garçons et roses pour les filles. Oui, c’est écrit dessus cette fois !

Mais bien sûr, les enfants ont le choix de prendre l’une ou l’autre édition hein. Pour des livres d’éveil qui s’adressent à des jeunes enfants. Je serai curieuse de mener une petite expérience. Si on prenait ne serait-ce que 20 filles et 20 garçons et qu’on leur proposait de choisir l’un ou l’autre des ces livres. A votre avis, combien de filles prendraient l’édition fille ? Et combien de garçons prendraient l’édition garçon ?

Parce que oui, mettre du rose et du bleu sur des couvertures de livres a déjà une influence sur le comportement des enfants.

Mais ce livre va au-delà de la différence de couleur, il donne des rôles différents aux filles et aux garçons.

Le visage

Garçon : Montre comment tu te sens aujourd’hui

Fille : Montre comment tu te sens aujourd’hui, coiffe la petite fille et lave-lui les dents.

L’illustration pourrait être identique puisque l’objectif est le même : apprendre les parties du visage et exprimer son humeur. Pourquoi donc préciser dans l’édition fille de coiffer et laver les dents de la petite fille ? Parce que le rôle social attribué aux femmes est de prendre soin des enfants et s’occuper d’eux.

Apprendre l’heure (enfin, pour les garçons…)

Garçon : Apprends l’heure grâce à l’horloge

Fille : Fais la différence entre le ciel de jour et la nuit (une horloge, pour quoi faire ?)

Euh, non, rien… Ah si quand même : les filles ne peuvent pas apprendre à lire l’heure sur une horloge ? On leur demande juste de faire la différence entre le jour et la nuit ? Cela me laisse perplexe quand même…

L’apprentissage

Garçon : Apprends le code de la route dans ton propre terrain de jeu

Fille : Ton terrain de jeu, c’est la cuisine non ? Alors apprends à préparer ton propre repas (ouf, on échappe au repas de toute la famille). Et puis mets le couvert à tous les repas hein !

Un avenir professionnel pour le garçon, les activités ménagères pour la fille

Garçon : Ouvre ton garage, monte et répare les voitures !

Fille : choisis les bons vêtements et apprends à la fille à les laver, les étendre et les repasser..

J’ai failli m’étouffer quand j’ai lu le texte correspondant à l’illustration de l’édition fille. Donc, on en est encore là en 2017 ? Le petit garçon ouvre son garage et travaille. La petite fille apprend à s’occuper des autres, du linge, de la cuisine.

Mais je vous rassure, hein, point de sexisme là dedans, on ne lui demande pas de faire le ménage.

Ai-je besoin de vous expliquer pourquoi j’ai eu envie de faire GRRRR ???

Nous sommes en 2017 et non en 1952. Dans mes publications, je vous explique en quoi les livres, les jeux et jouets, les médias, peuvent avoir une influence sur nos enfants. Même si nous essayons de les éduquer dans des valeurs d’égalité professionnelle, de mixité, ils sont vite rattrapés par les préjugés sexistes.

Avec ce genre de livre d’éveil, quelle image donne-t-on des petites filles et des petits garçons ? Toujours la même !

Les garçons travaillent, sont des explorateurs, conduisent des véhicules, entreprennent…

Les filles quant à elles s’occupent des autres et de l’entretien de la maison.

Qu’importe qu’une fille choisisse un livre édition garçon ou inversement. Les images, les textes, influencent leur manière de voir les rôles sociaux attribués à l’un ou l’autre en fonction de son sexe.

Une petite fille va se dire qu’un garçon peut faire des activités qu’elle ne peut pas faire. Un petit garçon va penser que les activités des filles sont de faire la cuisine et le ménage. Cette image sera aussi renforcée chez la petite fille qui va associer édition fille = rôle des filles.

Des livres d’éveil oui, des stéréotypes non !

Alors que peut-on faire pour lutter contre ce genre de publication sexiste ? Rien m’a-t-on dit. Ces livres d’éveil ont déjà été façonnés et commercialisés. Ils remportent un beau succès auprès des enfants et des parents.

Je dois leur reconnaître cette qualité, ces livres sont magnifiques. Mais les stéréotypes qu’ils véhiculent me dérangent. Ils contribuent à enfermer les enfants dans des rôles sociaux en fonction de leur appartenance à l’un ou l’autre des sexes au lieu de leur ouvrir le champs des possibles.

Alors voilà pourquoi j’en parle aujourd’hui. Mon article sera sans doute une goutte d’eau dans l’océan du marketing genré. Mais peut-être que cette goutte d’eau permettra à certaines personnes de prendre conscience de ces stéréotypes véhiculés dans les livres d’éveil et de l’influence que cela peut avoir sur nos enfants…

 

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