WeLovePréma, la prématurité et moi

Cela fait quelques temps que je vous parle de cette opération, WeLovePréma. Quelques temps donc que je vous saoule avec mes messages, mes photos, mes invitations (je m’auto-saoule, je vous rassure…). Je sais que les personnes sont très sollicitées par toutes les demandes liées à la solidarité humaine et que c’est usant. On donne pour la Croix Rouge, les restos du cœur, le Téléthon, le Secours Populaire, la lutte contre le cancer… et voilà que les blogueurs et blogueuses viennent encore nous solliciter avec des histoires de petits bodies dont on en a rien à faire ! A quoi ça sert d’ailleurs ces bodies ? Les parents n’ont pas les moyens de s’en acheter ?

C’est mal connaître la prématurité, les besoins des parents, des services de néonatalogie, le manque de moyens, le manque de temps… que de se dire que cette opération ne sert à rien à part faire de la pub à Mont Roucous et ses partenaires.

WE LOVE PREMA - collecte

Hier soir, j’ai ressenti un grand découragement par rapport à cette opération. Voilà des mois que je me suis lancée dans cette aventure. Des mois que je réalise des petites affiches, que j’en parle sur les réseaux sociaux, que je sollicite des partenaires pour organiser des ateliers de customisation…

Hier après-midi, j’organisais un atelier chez Truffaut Arcueil. A votre avis, combien de personnes sont venues pour nous aider à customiser des bodies ??? Personne. C’est donc en compagnie de l’équipe de Truffaut, de celle qui m’épaule à la Maison des Solidarités et d’une autre blogueuse, Virginie (Le blog de Nins) que nous avons customisé une cinquantaine de bodies.

We Love Préma - atelier customisation chez truffaut Arcueil

Hier soir donc, j’étais prête à tout abandonner parce que c’était la fois de trop. Je ne blâme personne, je sais que les conditions actuelles sont difficiles pour les un-e-s et les autres. Les transports en commun sont perturbés par les grèves, les intempéries ont fait d’important dégâts, le temps est précieux et il est difficile de s’en dégager pour venir participer à un atelier, relayer les informations, collecter des bodies…

Et puis, je me suis rappelée les raisons qui m’ont poussée à me lancer dans cette histoire et il m’a semblé important de vous en parler ici.

  • La première et la plus importante à mes yeux : mon fils est né prématuré. 

Il y a un peu plus de 9 ans, je me rendais à la maternité parce que des petits saignements m’inquiétais. J’étais à 7 mois 1/2 de grossesse. Je me sentais bien. En pleine forme même si le gynécologue de la maternité m’avait mise en arrêt maladie pour raison pathologique parce que prendre le métro (qui connait la ligne 13 du métro parisien aura vite compris pourquoi !) enceinte, ce n’est pas très recommandé (il faudra que je vous raconte cette fois où une femme m’a bousculée hors du métro parce que mon ventre de “putain de femme en cloque” l’empêchait de sortir… véridique…).

Enfin bref, j’arrive à 6 h 30, j’explique à l’infirmière de garde que je suis inquiète, elle soupire presque et me propose d’aller dans la salle d’examen. Monitoring. Examen gynéco. Les sourires disparaissent. Nous sommes mi-octobre, mon fils doit naître fin novembre mais on m’annonce que le travail a déjà commencé, que mon col est dilaté à 3 et que là, il n’y a rien à faire, mon bébé est en route vers la sortie. J’ai envie de virer ce fucking monitoring, de remettre ma culotte et mes vêtements, de rentrer chez moi, de leur dire que non, alors là, c’est juste pas possible parce que C’EST TROP TÔT !!!! que JE ne suis pas prête, et que merde quoi, remettez-moi sous spasfon, faites votre boulot et on en parle plus…

Sauf que leur boulot, à ce moment là, ce n’est pas de me dire “Mais oui Madame, vous avez raison, rentrez chez vous et revenez dans 1 mois 1/2 quand vous serez prête…“. Non, et c’est là que je les remercie du fond du cœur pour leur accompagnement dans cette épreuve. Leur travail à ce moment là, c’est de me faire comprendre que ce sont des choses qui arrivent, qu’on ne sait pas pourquoi mais que l’équipe médicale est là et qu’ils vont tout faire pour que tout se passe bien. C’est de prendre soin de mon bébé qui va venir trop tôt et de mettre toutes les chances de notre côté pour que tout se déroule dans les meilleures conditions.

Parce que oui, petit détail en passant, mon fils se présente en siège avec un cordon autour du cou. Mais ça, c’est la cerise sur le gâteau, le cadeau bonus qu’on apprend APRÈS, une fois que tout est fini et s’est bien passé.

Prématurité parent

Ce que je pensais être les douleurs des contractions n’étaient que le début de ces dernières et j’ai rapidement appris à prier Sainte Péridurale (à partir de 4 sur une échelle de 10) : “Sainte Péridurale, priez pour moi. Qu’un anesthésiste soit dans les parages et s’occupe de moi. Sainte Péridurale, je retire tout ce que j’ai dit, vous aurez ma reconnaissance éternelle pour tout ce mal que vous m’enlèverez!“… Mes souhaits ont été exhaussés 😉

Pardon, je m’égare… Je ne vais pas vous faire vivre mon accouchement mais juste vous dire ceci. Quand votre enfant né avec un mois et demi d’avance, que vous ne l’entendez pas crier et que vous voyez une équipe sortir de la salle en marchant très rapidement, vous ne vous posez pas un milliard de questions mais une seule : est-ce qu’il va bien ?

Plus les secondes passent (ces secondes qui paraissent des minutes qui elles mêmes paraissent des heures), plus votre cœur se meurt à petit feu. Et puis, enfin, vous voyez des sourires, des visages rassurants, des mains qui se posent enfin sur votre front, vous caressent les cheveux et vous entendez enfin ces mots qui vous disent que tout va bien, que votre bébé respire bien, qu’il a pleuré, qu’il arrive. Putain, qu’il arrive !!!!

Mais ce ptit bébé, quand il arrive, il est derrière la vitre d’une couveuse. Il n’est pas dans les bras de son père, ni dans celui d’une infirmière ou d’une puéricultrice et là, vous comprenez que ce bébé n’est pas un bébé comme les autres. Ce bébé, il est fragile, il est tout petit, il ne devrait pas être là mais dans votre ventre.

La puéricultrice l’a sorti de la couveuse, posé sur moi. Je crois que c’est seulement là, à ce moment précis, que j’ai réalisé que je venais de lui donner la vie. J’avais sur moi cette toute petite chose qui émettait des petits bruits, comme des miaulements, qui m’ont fait monter les larmes aux yeux. Le voilà, lui, mon tout petit. Mon cœur. Mon fils. Mon Amour.

Il était tout petit, avec son drôle de chapeau sur la tête, tout nu pour notre premier peau à peau. Mais ce moment n’a pas pu durer trop longtemps parce qu’il devait monter en néonat et que moi, je devais me retrouver dans ma chambre. Toute seule.

J’entendais les bébés des chambres à côtés pleurer mais pas le mien. Parce que le mien, il était 2 étages en dessous au lieu d’être dans cette chambre avec moi. A côté de moi. Contre moi.

Est-ce que vous pouvez imaginer un seul instant ce que cela représente pour une toute “jeune” maman de ne pas être auprès de son enfant ? (en même temps que j’écris ces derniers mots, je pense à toutes ces Mamanges et je me dis que la plaie dans leur cœur ne s’est jamais refermée) C’est difficile à concevoir tant qu’on est pas confronté-e à la situation.

Tristesse

Illustration Mademoiselle Maman

Lorsqu’enfin nous avons pu aller le voir en néonat, nous avons découvert un monde à part au sein de la maternité. Un monde fait de règles d’hygiènes à respecter scrupuleusement. Un monde où seuls les “élus” peuvent entrer. Un monde de silences entrecoupés de “biiip – biiiip – tududu – biiiip – biiiip – tudutu”, tous ces capteurs branchés sur ces bébés dont certains pesaient moitié moins que mon fils. Un monde où les parents se regardent et espèrent. Un monde où les puéricultrices sont à vos côtés pour vous guider dans ces premiers moments de la vie de parents pas tout à fait comme les autres. Un monde où une alarme peut retentir, des stores se fermer, les gens s’affoler… Un monde fait de petits progrès quotidiens. Un monde fait de larmes et de peurs.

Comme nous n’étions pas préparés à cette naissance prématurée, nous n’avions dans la valise de maternité que des vêtements en taille naissance et 1 mois. C’est fou comme les 5 cm qui séparent un body naissance (50 cm) à un petit préma de 45 cm peuvent sembler immense quand il nage dedans. Manches retroussées, cela renforce cette impression de fragilité et de petitesse.

Il y a 9 ans, les vêtements en taille préma ne se trouvaient que dans certaines enseignes. Mais, coincés à la maternité avec notre bébé, comment faire pour trouver des bodies “à la bonne taille” ??? Des bodies qui nous donnent l’impression que tout va bien. Des bodies dans lequel notre petit bonhomme n’aurait pas l’air si petit et si fragile ???

Voilà la première des raisons pour laquelle je participe. Parce qu’à ce moment là de nos vies, je pense que si j’avais reçu un petit body avec un dessin dessus, comme un message d’espoir, comme un signe qui me dise que tout va bien aller, mon cœur de maman se serait allégé. Je n’aurais pas fini de m’inquiéter, non, mais j’aurais peut-être souris en voyant un arc en ciel, un escargot, une licorne, un sigle de super héros… Quelque chose qui me fasse oublier l’espace d’un instant ces biiiips, ces odeurs, ces seringues, ces capteurs… Mes peurs…

Prématuré - prématurité

Crédit Photo ©Egalimère

  • La deuxième : Christelle, qui est derrière WeLovePréma

C’est la fille de l’ombre, celle qui fait partie de Mont Roucous. L’an dernier, je ne faisais pas partie d’une équipe mais j’avais participé à ma manière en relayant les publications des unes et des autres, en participant à un atelier de customisation… Lors de la soirée de remise des bodies, j’ai fait la connaissance de Christelle. Elle m’a accueillie comme si j’avais fait partie de cette première aventure depuis le début. Il y a des liens qui se créent dont il est difficile d’expliquer à quoi ils tiennent. C’est ça avec Christelle.

Je l’ai vue à plusieurs reprise, notamment lors des salons baby à Paris, et à chaque fois, c’est la même chose. On se tombe dans les bras, on se sourit, on échange quelques mots mais ils nous paraissent futiles. Genre, on a pas besoin des mots pour se comprendre. Pas besoin des mots pour savoir que derrière de la “promo”, il y a un véritable engagement personnel et que cette opération lui tient à cœur. Parler de Mont Roucous pour parler de Mont Roucous, ça n’est pas mon style. Je pourrais rédiger des articles sponsorisés, faire boire de cette eau à mes enfants gratuitement en échange de hashtag et de partages de concours, mais cela n’aurait pas de sens par rapport à mon blog et aux valeurs que je porte. Non, si je parle de cette marque, c’est parce que derrière, il y a Christel. Alors peut-être que voir des @EauMontRoucous sur mes publications vous dérangent, mais c’est ma manière de dire @bravoChristellepourcequetufais !

We love préma 2

Crédit Photo ©Egalimère

Christelle m’a proposé d’être cheffe d’équipe mais j’ai refusé. Je me connais, je peux être chiante, très chiante. Mon boulot dans la vie de tous les jours (parce que je le rappelle ici encore, mon blog n’est pas mon activité professionnelle) c’est de gérer des projets et de diriger des groupes de travail. Je suis très -trop-exigeante envers moi-même et j’attends la même chose des autres : réactivité, rapidité, constructivité, esprit d’équipe. Je ne voulais pas de ça dans cette opération. Je ne voulais pas devenir celle qui allait mettre la pression, demander si telle chose a été faite dans les délais que j’aurais proposé, si tout se passe comme prévu. Non. On est là pour servir une belle cause : récolter des bodies pour les remettre à des parents d’enfants prématurés, pas pour se mettre la pression. Donc, non merci mais j’ai passé mon tour. Et heureusement parce que, quand je vois comment j’ai pris les chose à cœur, je me félicite d’avoir eu cette sagesse d’esprit de ne pas endosser le rôle de cheffe d’équipe !

  • Maëline, la cheffe d’équipe et les blogueuses au cœur d’or. 

L’an dernier, j’avais vu passer une publication sur un atelier de customisation et j’avais demandé si je pouvais y participer, pour apporter ma contribution. Je me suis présentée et j’ai été accueillie par Maëline, Sandrine, Marie, Virginie… Nous avons passé un super moment, nous avons ri, nous avons customisé, nous nous sommes quittées puis retrouvées lors de la soirée de remise des bodies. Alors que j’avais participé à un atelier seulement avec cette équipe, Sandrine m’a proposé de me joindre à elles sur la photo de groupe. Maëline m’a associée à leur histoire. Alors quand cette année elle m’a proposé de rejoindre l’équipe, j’ai dit oui. Parce qu’elles le valaient bien. Parce que ces filles, même si elles ne sont plus dans la même équipe, véhiculent des valeurs communes (et un goût partagé pour les apéros 🙂 )

Normandie feu de cheminée

Crédit Photo ©Egalimère

C’est une nouvelle Team qui a été constituée cette année. Elle réunit des blogueuses et des non blogueuses. Chacune fait ce qu’elle peut à son niveau. On ne se met pas la pression pour attendre un objectif de collecte qui dépassera celui des autres. On échange, on s’encourage, on se soutient. Difficile de toutes nous réunir mais nous y sommes parvenues lors d’un atelier de customisation et ce fût un très chouette moment.

  • Pour les belles rencontres

Elle ne veut pas que je parle d’elle, elle ne veut pas que je mette sa photo mais pourtant, sans elle, sans le soutien de La maison des Solidarités de la ville d’Arcueil et de Sabrina, je crois que j’aurais baissé les bras. Dans cette folle aventure, deux bénévoles sont venues nous apporter leur dynamisme et leurs idées : Anne et Evelyne.

Happy Families qui a accepté de déposer une urne pour récolter des bodies et de mettre une salle à notre disposition pour une atelier de customisation.

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Le magasin Truffaut situé au Centre Commercial La Vache Noire qui est aussi notre partenaire de collecte et a manifesté son soutien à cette opération en organisant deux ateliers de customisation (les 1er et 8 juin de 14 h à 17 h). Le premier a eu lieu cet après midi et je suis ravie de la participation d’Amandine, cheffe de rayon, Eva et Corinne. Elles sont très douées et ont réalisé de magnifiques dessins 🙂

We Love Préma

La Librairie Chroniques de Cachan, la boutique Autrement Jolie font également partie de notre aventure.

Parce que oui, c’est peut être rien pour vous, mais trouver un lieu de collecte, un lieu pour nous réunir ou inviter du monde à participer, ce n’est pas si facile que ça. Cela ne rapporte rien à l’enseigne mais nos partenaires n’ont pas été difficiles à convaincre, ils sont pour la plupart déjà engagés dans des actions humanitaires.

  • Pour tous les ptits bébés et leur famille :

J’ai vécu la prématurité. J’ai vécu ces moments de doute et d’angoisse. Alors, à ma manière, je souhaite apporter mon soutien et mes encouragements à ces bébés et ces familles. Leur faire passer un message d’espoir. Leur dire que mon bébé qui ne dépassait pas 45 cm à la naissance est maintenant un beau et grand garçon de 9 ans 1/2, qui chausse du 39 et pèse 38 kg pour 1 h 45. Alors oui, ces périodes sont angoissantes, remplies de peurs, d’incertitudes, de culpabilités… mais l’espoir est là et ne nous quitte pas. C’est ce que je veux transmettre au travers de mon engagement dans cette opération, ce sont ces valeurs humaines que j’ai envie de mettre en avant.

Alors oui, ces raisons sont bien personnelles mais voilà pourquoi je me suis lancée dans cette opération. Je m’investis – beaucoup. Je communique – beaucoup aussi. J’ai peu de résultats, peu de bodies récoltés, peu de personnes qui se présentent aux ateliers de customisation qui sont organisés mais, même si je me sens découragée comme ce soir par ce faible taux de “réussite”, je repense à l’histoire du colibri, je relève mes manches, et je continue ! légende du colibri Welovepréma

 

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