Doublerose, engagements, vie pro et vie perso

A celles et ceux qui me demandent encore quel est mon problème avec le rose et le bleu, je conseillerai la lecture de ce blog : Doublerose. Maman de deux filles, elle a été confrontée aux remarques sexistes, aux interrogations de sa fille “Pourquoi les voitures c’est pour les garçons ?“.

Alors elle a décidé d’en parler dans un blog pour casser la figure aux stéréotypes et faire avancer l’égalité. Mais pas que… Je vous laisse découvrir son univers.

Doublerose

Bonjour,

En quelques mots, que pouvez-vous nous dire de vous, de votre parcours, de votre activité ?

J’ai 36 ans, deux filles, je vis en province, je travaille dans la recherche. N’ayant pas trouvé d’emploi dans la ville où nous habitons, j’ai pris un emploi à 100km de chez nous. Les trajets rythment nos vies.

Je suis aussi très impliquée dans la vie locale. Je fais partie de deux associations, l’une culturelle et l’autre politique. Et je suis aussi militante dans un parti politique.

Une « maman mais pas que » bien occupée en somme (mais qui n’est que maman, ça n’existe pas en fait ?).

Depuis quand tenez-vous ce blog Doublerose et d’où vous en est venu l’idée, l’envie ? Pouvez-vous nous le décrire ?

J’ai ouvert un blog il y a 15 ans… Mais j’avais trop peu de choses à dire alors je l’ai fermé après 2 mois. Puis je suis restée longtemps très éloignée de l’univers du blogging.

En 2012, alors que mon neveu était en néonatalogie et que je cherchais des informations sur « comment entourer les parents d’un enfant prématuré ? », j’ai lu un article sur Marjoliemaman dans Infocrèche. Je suis allée flâner sur son blog et de fil en aiguille, j’ai découvert les blogs parentaux. C’était tard, mais il n’est jamais trop tard.

Quand je suis devenue enceinte de ma seconde fille, l’envie d’écrire me démangeait. Le fait que ce soit une fille m’a valu des remarques étonnantes. Beaucoup m’ont demandé si je n’étais pas trop déçue, si je n’en avais pas marre de jouer aux Barbies et d’avoir du rose à la maison.

Au même moment mon ainée rentrait à l’école. Alors qu’elle n’avait jamais dit ce genre de chose, elle a commencé à me parler « des voitures pour les garçons » et du « rose pour les filles ». J’ai eu envie de parler de ce que c’était d’être la maman de deux petites filles en France.

Mon blog a évolué. Je ne m’interdis aucun sujet. Donc j’écris sur tous les sujets qui m’intéressent. Mais le sexisme et la place des femmes dans la société restent des thématiques fréquentes.

Combien avez-vous d’enfants et quels sont leurs âges ?

J’ai deux filles. Fleur qui a 6 ans et Rose qui a 3 ans. Ce ne sont pas leurs prénoms. Je tiens à leur anonymat (et au mien). J’aimais ce clin d’œil au titre du blog.

Avez-vous pris un congé parental après leur naissance (vous ou votre conjoint) ? Pour quelles raisons ?

Je n’ai pas pris de congé parental car je suis en situation précaire. Comme j’enchaine les contrats d’un an, il m’est difficile de prendre un congé parental et d’être sure de retrouver mon poste.

Pour ma première fille, j’ai pu prendre 1 mois de congés après mon congé maternité. J’ai repris le travail quand ma fille avait 3 mois et demi. Avant, cela aurait été trop tôt pour moi. Je n’étais pas prête. D’autant plus qu’à l’époque, j’avais 5 h de trajet par jour pour me rendre au bureau (je n’ai jamais travaillé à côté de chez moi). J’ai changé d’emploi peu de temps après la naissance de Fleur. J’avais besoin de me rapprocher de la maison.

Pour ma seconde fille, je me suis retrouvée au chômage pendant mon congé maternité. Mon employeur ne renouvelle pas les contrats des femmes enceintes se protégeant légalement par le fait qu’on ne peut pas signer un contrat pendant son congé maternité (il faut donc bien calculer pour accoucher au milieu de son contrat de 12 mois !). J’ai pu retrouver mon poste mais à condition de demander à reprendre ce poste juste à la fin de mon congé maternité (de toute façon sans contrat, impossible de poser des vacances). J’ai donc repris le travail 2 mois et demi après mon accouchement. Ce fut dur avec un bébé qui ne dormait pas et un mari en arrêt maladie à l’époque.

Mon conjoint a pris un 80%.

Son entreprise lui permet d’utiliser son 80% sur l’année. Ainsi il ne pose pas une journée par semaine, mais il pose les vacances scolaires. C’est vraiment super pour les filles. Elles ont des semaines très chargées du fait de nos horaires de travail et comme les grands-parents n’ont pas la possibilité de les garder pendant les vacances, elles auraient dû passer leurs vacances en centre aéré.

Cette organisation a permis de gérer les vacances à moindre coût et dans des conditions plus reposantes pour les filles. Maintenant que Rose a 3 ans, son papa ne peut plus bénéficier d’un 80% dans le cadre d’un congé parental, mais il a fait le choix de garder un temps de travail réduit pour conserver ces temps de vacances avec ses filles.

Noël

Illustration Fanny Meyer

Est-ce que cela vous a paru difficile de trouver une place en crèche ou chez une assistante maternelle ? Pourquoi ?

Ce fut une vraie galère !

Dans les deux cas, les crèches de nos villes (nous avons déménagé entre les 2 grossesses) nous ont fait comprendre qu’il ne fallait pas rêver pour avoir une place vu que je ne reprenais jamais le travail en septembre.

Pour ma première j’avais affiché une carte au dessus de mon bureau et indiqué toutes les assistantes maternelles à proximité de chez nous avec des punaises. On se serait cru dans une enquête policière. Tout ça pour finalement nous rendre compte que dans notre rayon acceptable en termes de déplacement, il n’y avait que 19 assistantes maternelles… et qu’une seule était disponible et acceptait de garder notre fille 5 jours par semaine de 8h à 18h. Toutes les autres assistantes maternelles nous imposaient des horaires impossibles (pas avant 8h30, pas après 17h, pas le mercredi, pas le vendredi, pas le mercredi après-midi…). Nous n’avons pas vraiment eu le choix. Nous avons fait un contrat avec la nounou qui était disponible.

Quand nous avons déménagé, Fleur avait 2 ans. Nous avons cherché une nouvelle assistante maternelle. Mais impossible à nouveau de trouver quelqu’un qui acceptait nos horaires.

J’ai harcelé la crèche, les appelant chaque jour…et par chance nous avons eu une place.

Ce fut parfait pour Fleur. Elle était fille unique, peu entourée d’enfants, cette année de crèche a été une vraie révélateur pour elle et je pense que cela l’a beaucoup aidé pour sa scolarité.

Pour ma seconde, nous avons trouvé une assistante maternelle très rapidement grâce au réseau des parents d’élèves. J’étais ravie. Mais puis elle a démissionné quand Rose avait 9 mois. C’était un bébé catalogué difficile (beaucoup de pleurs, des régurgitations) et elle avait trouvé un contrat plus intéressant financièrement (Mon mari étant à 80% nous avions rédigé un contrat dit en « année incomplète »). Nous nous sommes retrouvés sans mode de garde en plein été, alors que la crèche était fermée. A ce moment là j’ai vraiment pensé à démissionné et à rester à la maison. Finalement, nous avons trouvé une assistante maternelle disponible, acceptant nos horaires. Encore une fois, ce fut la seule de disponible.

En définitive, pour mes deux filles, j’ai eu le sentiment d’avoir une assistante maternelle par défaut. Cela s’est bien passé au final, mais j’ai regretté de ne pas m’être sentie épaulée. J’ai eu l’impression de ne pas avoir le droit de choisir le meilleur pour mes enfants…et j’ai bien des fois pensé à démissionné pour devenir mère au foyer.

Comment se passe l’organisation du quotidien dans votre famille ?

On gère au jour le jour. Ce n’est pas l’idéal pour des enfants mais nous n’avons pas le choix.

J’ai des horaires très souples. Cela a des avantages et des inconvénients. L’avantage est que je peux (presque) me libérer quand il y a une réunion à l’école à 17h. L’inconvénient est que chaque semaine les plannings changent.

Nous avons mis en place un planning hebdomadaire et le dimanche soir j’explique aux filles quels sont les jours où elles iront en garderie et qui les emmènera ou viendra les chercher.

En règle général je gère les trajets le matin et mon mari le soir.

Comment faîtes-vous pour articuler vos différents temps de vie ? Quelles sont les solutions mises en place pour faciliter votre quotidien ?

Je ne sais pas si j’articule vraiment. J’ai le sentiment de gérer tout cela au jour le jour.

Nous sommes deux et heureusement. Il me serait impossible de m’investir dans les associations et le militantisme politique si Paparose ne gérait pas les soirées où je ne suis pas là

Votre employeur a-t-il mis en place des mesures pour favoriser l’équilibre entre la vie pro et la vie perso de ses salarié-e-s ? Quelles sont les mesures qui vous semblent les plus pertinentes au regard de votre situation ?

Mon employeur a mis en place un système de télétravail. Je travaille 2 jours par semaine au bureau et 3 jours depuis chez moi. Ce télétravail fut un vrai soulagement pour moi. Les premiers mois de mon contrat je n’y avais pas accès et comme je travaille à 100km de chez moi et qu’à l’époque je n’avais pas de voiture, je faisais 3h de trajet par jours. C’est lourd et surtout ça ne permet aucune flexibilité.

Le télétravail me permet d’être plus présente pour les filles puisque je retire les temps de trajet de mon temps d’absence de la maison.

Par ailleurs, j’ai la chance d’avoir un emploi qui me permet de gérer mon temps de travail. Une réunion d’école à 16 h ? j’y vais et je finirai ce que j’ai à faire une fois les filles couchées. C’est un vrai facilitateur, même si ça ne permet pas toujours de mettre une séparation franche entre temps de travail et vie personnelle.

Décennie - temps qui passe - horloge

Crédit photo wjgomes

Vous bloguez, vous faite partie de deux associations et d’un parti politique, vous travaillez… Comment faites-vous pour gérer ces différentes activités ? 

C’est un jonglage permanent.

Quand Fleur est né, j’ai eu le sentiment qu’il fallait que je m’investisse dans la vie publique. Cela m’a toujours démangé. Là c’est devenu une nécessité pour moi. Je suis donc rentrée dans un parti politique où je suis adhérente et militante. Mais je ne suis pas élue. Je m’étais présentée sur une liste municipale et nous avons perdu. C’était en 2014 et j’ai fait toute la campagne avec Rose qui avait 2 mois et était en écharpe de portage pendant que je tractais. Ce fut une expérience incroyable.

Par ailleurs, je me suis engagée dans deux associations. Une qui s’engage à développer la culture accessible à tous et une qui s’investit dans la défense de l’écologie.

Tous ces engagements me prennent du temps les soirs et les week-end. Je fais en sorte que les réunions commencent après le coucher des filles. Au plus tôt après le repas.

Si vous aviez des conseils à partager avec les autres parents, quels seraient-ils ?

Je déteste qu’on me donne des conseils car j’ai l’impression qu’on me dit « tu t’en sors mal, regarde comme moi je fais bien ! ».

Alors je ne sais pas si je serais à même de donner des conseils.

Je crois qu’il faut essayer de faire les choses comme on le sent et comme on le peut sans ajouter de pression inutile. Ce n’est pas facile car quand on devient mère on reçoit des injonctions de toutes part : injonctions familiales, sociales. J’ai l’impression que les pères subissent moins cela (ou peut-être le vivent ils tout simplement différemment).

Et surtout il faut réaliser que les journées n’ont que 24h et qu’il y a un temps pour nous. Je considère qu’il n’est pas possible de travailler 8h/ jour de faire 2h de trajet, d’avoir une maison bien rangée, de ne manger que du fait maison, de faire du yoga tous les matins, de passer du temps de qualité avec ses enfants chaque jour et d’être une femme fatale une fois les enfants couchés. Tout cela ne rentre pas dans les 24 h d’une journée. Priorisons juste ce que l’on veut faire entrer dans les 24 h de la journée qui commence.

J’apprends petit à petit à ne pas culpabiliser de ne pas avoir réussi à tout mettre dans ces 24 h.

Quelque chose à ajouter, c’est à vous.

Quand j’ai ouvert mon blog, je voulais parler féminisme car en tant que maman de filles cela me semblait évident qu’il fallait m’investir pour l’égalité Homme/femme.

Aujourd’hui je me dis qu’il est indispensable que les parents de garçons se saisissent de la question. C’est à eux d’apprendre à leurs fils que le corps des femmes se respecte, que les garçons ne sont pas les plus forts et les filles les plus faibles.

Nous n’arriveront à rien si l’éducation à l’égalité n’est pas globale. Il ne sert à rien de dire aux filles qu’elles ont les mêmes droits que les garçons, si ces mêmes garçons sont élevés avec un sentiment de supériorité.

Merci DoubleRose pour ce beau témoignage et vos différents engagements. Je suis la maman de deux garçons et je vous promets de continuer à leur apprendre l’égalité !

 

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