Une sexualité “pas normale”, vraiment ?

Quand j’ai rédigé l’article dans le cadre du rendez-vous #10dumois “Let’s talk about sex” et lu certains témoignages, j’ai repensé à un épisode de “ma vie d’avant”. Si je décide d’en parler aujourd’hui, c’est pour rassurer certaines personnes qui se sentent encore “spéciales” ou “pas normales” dans leur sexualité.

Attention, ce qui suit peut vous surprendre et vous faire dire “mais pourquoi elle a supporté ça ? Pourquoi elle n’est pas partie ?“. Je vous renvoie donc sur les articles dans la partie “violences” de ce blog.

Let’s talk about sex – Acte II

J’ai peu de souvenir des cours sur la reproduction et les appareils génitaux au collège ou lycée. Je pense que nous étions toutes et tous gêné.e.s par le sujet parce que nous étions dans une période où nous corps changeaient et nous commencions à ressentir “des choses” dans nos slips et nos culottes.

Je n’avais jamais parlé de sexualité non plus avec mes copines à part des questions sur la première fois pour savoir si “ça fait mal” ou “tu as saigné”. Mais jamais sous l’angle du plaisir.

C’est donc dans la méconnaissance la plus totale du plaisir féminin que j’ai eu mes premières relations sexuelles et découvert au fur et à mesure du temps de quelle manière je pouvais atteindre le plaisir. Une manière qui ne correspondait pas à l’image que je m’en faisais puisque la seule pénétration ne suffisait pas.

Mon compagnon n’était pas beaucoup plus expérimenté que moi mais ça se passait plutôt bien. Au fil du temps, je savais quelles positions me permettraient de prendre du plaisir et celles qui ne me faisaient que peu d’effet.

Et si je n’étais pas “normale” ?

Et puis un jour, alors que cela faisait quelques années que nous étions ensemble, il a trouvé ça bizarre que je n’arrive pas à jouir dans toutes les positions et commencé à se demander (et me le demander) si j’étais bien normale.

Lui qui avait tout lu sur la sexualité dans l'”Encyclopédie Universalis” de ses parents (véridique hein !) savait que toutes les femmes étaient “vaginales“. Hypothèse renforcée selon lui par les films érotiques ou pornographiques dans lesquels les femmes crient de plaisir dans des positions qui ne m’en procuraient pas.

Donc, pour lui, je devais forcément être “vaginale” mais je ne le savais pas et j’avais pris des habitudes pour jouir qui ne permettaient pas de me concentrer sur le plaisir “normal” !

Et c’est ainsi qu’il eut une merveilleuse idée : me rééduquer dans ma sexualité afin que j’atteigne l’orgasme vaginal, comme toutes les femmes !

[Présentement en train de faire une pause fou-rire quand j’y repense…]

Une rééducation sexuelle vouée à l’échec

Pendant quelques (longues) semaines donc, il a voulu que nous évitions toutes les positions qui pouvaient stimuler mon petit bouton du bonheur. Au début, j’étais plutôt optimiste moi aussi n’ayant pas encore fait la démarche de me renseigner sur la sexualité, le plaisir, le clitoris.

Donc, je me concentrais pour essayer de ressentir ce plaisir “vaginal” mais rien à faire. Au final, non seulement il se posait des questions sur ma normalité sexuelle mais il avait réussi à me mettre en tête que j’avais bel et bien un gros problème.

Je ne savais pas à qui en parler, je ne savais pas où me renseigner alors je me suis enfermée dans son mensonge. Ma sexualité est spéciale. Je ne suis pas normale.

Pendant des années donc, j’ai vécu avec cette idée de ne pas être normale.

Même s’il a fini par lâcher l’affaire et que nous avions retrouvé des formes plus plaisantes pour moi de faire l’amour, j’ai gardé cette idée dans un coin de ma tête. Idée qui avait un impact sur l’image et la confiance en moi vous vous en doutez…

Et puis, un soir avec plusieurs copines, nous avons commencé à aborder la sexualité. L’une d’elle était venue avec son nouveau compagnon et se plaignait de son inexpérience en la matière.

Je ne comprenais pas où elle voulait en venir avant qu’elle explique en riant qu’il n’avait pas trouvé le chemin pour la faire jouir et qu’il avait fallu lui apprendre à se servir de sa langue et de ses doigts.

Et là, je découvrais que je n’étais pas la seule !

Non seulement cette copine était comme moi mais toutes les autres présentes aussi. Et ça m’a fait un bien fou de les entendre parler de leur clitoris, de la manière dont elles font l’amour avec leur compagnon. Ce soir là, je comprenais que ma sexualité n’était pas spéciale, que j’étais normale et que je n’avais rien à me reprocher en ne prenant pas de plaisir dans certaines positions.

Lorsque j’ai voulu en parler avec mon compagnon, il a fait la sourde oreille. Enfin, je pense surtout qu’il n’avait pas envie de remettre ses théories en question à ce moment-là d’une part. D’autre part, cela lui permettait de continuer à maintenir une emprise sur moi du style “tu n’es pas normale, qui d’autre à part moi pourra vouloir de toi ?”. Dénigrement, perte de confiance en moi, posture du sauveur… Une autre forme de violence.

Et puis un jour…

Je suis partie et j’ai rencontré celui qui partage ma vie depuis plus de 16 ans maintenant. A plus de 50 ans, je me sens plus épanouie que jamais dans ma vie personnelle, professionnelle et sexuelle. J’ai appris à aimer mon corps (même s’il y a des petites rechutes), à m’affirmer et exprimer mon désir.

J’ai arrêté de croire que je n’étais pas normale dans ma vie sexuelle en me renseignant et je remercie toutes ces femmes qui ont contribué à faire connaître le rôle du clitoris dans le plaisir féminin. Toutes celles qui ont brisé ce tabou, qui interviennent maintenant dans les établissements scolaires, sur Internet… pour sensibiliser les jeunes femmes et hommes.

En voici quelques exemples :

Et l’ex dans tout ça ?

Quand je l’ai quitté, il a continué à m’appeler quelques temps pour me parler de ses nouvelles conquêtes, dont une copine avec laquelle nous avions eu cette discussion un soir.

C’est dans les bras de ces femmes qu’il a réalisé que nous étions peut-être un peu trop nombreuses à ne pas “être normales” et commencé à se poser des questions.

Lui qui pensait avoir tout appris sur la sexualité dans la fameuse “Encyclopédie Universalis” des années 70 de ses parents a découvert à presque 40 ans que les femmes avaient un clitoris et que jouir en le stimulant est normal. NORMAL.

Crédit : www.orgasmons-nous.com

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