Nouveaux rythmes scolaires et inégalités

Mardi, sur la page Facebook, je vous demandais “La réforme des rythmes scolaires va-t-elle creuser les inégalités dans votre commune “. Aujourd’hui, je m’interroge sur les nouveaux rythmes scolaires et inégalités.

Vous avez été une vingtaine à répondre et, pour la plupart d’entre-vous, la réponse est OUI !

Il ne s’agissait pas d’un sondage au niveau national (j’aurai demandé à un institut de le faire et de me donner les résultats…) mais d’avoir vos retours, vos avis, vos impressions sur le projet de réforme dans vos communes ou sur sa mise en place pendant l’année écoulée.

Quel sont les objectifs de la mise en place des nouveaux rythmes scolaires ? 

Ils sont rappelés dans la lettre adressée aux parents d’élèves par Benoît Hamon, ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche :

Lettre de Benoît Hamon aux parents d'élèvesLettre de Benoît Hamon aux parents d'élèves

La nouvelle organisation de la semaine scolaire doit contribuer à donner aux enfants confiance en eux et en leur capacité à bien apprendre. En effet, cinq matinées au lieu de quatre, c’est, chaque semaine, un temps supplémentaire pour travailler dans de bonnes conditions, le matin étant le moment de la journée où l’attention des enfants est la plus soutenue.

Le matin d’école supplémentaire permet également une répartition plus équilibrée des heures de classe tout au long de la semaine. Depuis la suppression en 2008 de la demi-journée du samedi matin, notre pays présentait à la fois le nombre de jours d’école le plus faible d’Europe et la journée de classe la plus chargée. Cette concentration du temps d’enseignement était préjudiciable aux apprentissages. La nouvelle organisation de la semaine donne ainsi aux élèves et aux enseignants un emploi du temps plus harmonieux.”

J’y mets sans doute de la mauvaise volonté, je résiste au changement, mais moi, cette réforme m’interroge énormément !

Je vais m’estimer heureuse puisqu’au niveau de notre commune, le Maire a voulu bien faire les choses :

  • réunions d’information sur la réforme,
  • envoi d’un questionnaire aux parents d’élèves pour avoir leurs avis,
  • publication d’un projet qui a soulevé les foudres des parents d’élèves suivie d’une pétition,
  • re-réunions d’échanges avec les parents d’élèves…

En dehors de ces réunions avec les parents, il y a eu des commissions pour réunir des “experts” en rythme biologique de l’enfant, des professeurs des écoles, des délégués de parents d’élèves…

Et au final, nous voilà avec un joli guide qui m’a juste donné envie de le déchirer et le mettre à la poubelle. Mais vos réponses me font dire que je ne suis pas la seule à émettre des doutes ou des avis défavorables sur la mise en place de cette réforme dans différentes communes.

Pourquoi ?

– INÉGALITÉS D’ACCÈS AUX SERVICES :

Alors dans ma commune, ça donne ça :

nouveaux rythmes scolaires

Les cours se terminent donc à 15 h 45 suivis par un temps de goûter gratuit.
A 16 h 20, commence l’étude surveillée 3 jours par semaine et 1 fois par semaine, le fameux TAP (Temps d’Activités Périscolaires), et là, ça devient payant.
Puis, de 17 h 15 à 18 h 30, c’est un temps encadré par des animateurs où les enfants feront des dessins, des jeux, de la lecture… Et là aussi, il faudra payer.

Comme tous les parents n’ont pas les moyens de payer ni l’étude du soir, ni l’accueil du centre de loisirs, il faudra venir chercher les enfants à 15 h 45. Oui, 15 h 45 ! Mais qui peut venir chercher ses enfants à 15 h 45 ????? (Harmony Bobo pose la même question dans son article en référence ci-dessous, à la différence de l’heure)

Les parents au foyer bien sûr ! Mais cela va se faire au détriment de leur insertion professionnelle. N’allez pas me dire que c’est entre 8 h 30 et 11 h 30 puis 13 h 30 et 15 h 45 que vous aurez le temps de vous rendre à vos rendez-vous divers et variés, que vous pourrez construire un projet professionnel ou envisager de suivre une formation ! Non, votre journée sera entrecoupée par le rythme de la scolarité des enfants.

Ensuite, ces activités ont un coût ! D’accord, ils sont calculés en fonction du quotient familial et dégressifs si plusieurs enfants d’une même famille sont concernés. Mais toutes les familles ne pourront pas se permettre de laisser leurs enfants à l’accueil de loisirs du soir. On en revient donc à récupérer les enfants à 15 h 45 ou 16 h 20 s’ils restent pour le goûter, voire 17 h 15 si les parents peuvent payer l’étude surveillée.

Pour celles et ceux qui n’ont pas le choix, ce temps rajouté va engendrer une baisse du pouvoir d’achat. Vous ne me suivez pas ? Je prend le cas de ma copine, mère célibataire, qui gagne un SMIC et travaille de 9 h à 17 h 30 avec 1/2 heure de trajet de son lieu de travail à l’école. Quand elle a fini de payer son loyer et ses différentes factures, il lui reste environ 200 euros pour finir le mois. Elle n’aura d’autre choix que de laisser son enfant à l’accueil de loisirs ce qui va engendrer un coût supplémentaire dans son budget déjà serré.

A Paris, les nouveaux rythmes scolaires ont été mis en place à la rentrée 2013. De nombreuses associations proposent donc des activités dès 16 h 30.C’est une bonne initiative pour les enfants qui peuvent y participer mais cela exclue les autres, ceux qui ne quittent pas l’école avant ! Est-ce que d’autres cours sont proposés à d’autres horaires, sans doute, mais pour combien d’enfants ????

– INÉGALITÉ PROFESSIONNELLES :

J’en reviens à l’heure de sortie : 15 h 45 ou 16 h 20.

Sachant que ce sont les femmes qui restent encore en majorité à la maison pour s’occuper des enfants, pensez-vous qu’il va leur être facile de trouver un emploi où elles pourront commencer à 9 h et finir à 15 h ? Oui, ça s’appelle du temps-partiel et c’est nuisible à leur carrière (pas d’évolution professionnelle, un bel effet plafond de verre, pas de promotion, rarement de formation…).

J’insiste également sur le côté “Retour à l’emploi”. Pour avoir travaillé dans ce secteur pendant plus de 12 ans, je peux vous assurer que la recherche d’emploi est un emploi à temps plein si on veut mettre toutes les chances de son côté.
Mais, au risque de me répéter, en ayant une journée entrecoupée avec les nouveaux rythmes scolaires, je doute que le retour à l’emploi soit facilité.

Du côté des animateurs et animatrices recruté-e-s pour encadrer les activités du midi et du soir, payé-e-s pour la plupart au SMIC, là encore, quelle évolution professionnelle peut être envisagée ? Comment cumuler un autre emploi avec ce type d’horaires ? Cela revient pour moi à enfermer des salarié-e-s dans une précarité dont il sera difficile de sortir.

– INÉGALITÉS ENTRE LES COMMUNES :

De quoi je me plains ? Mes enfants pourront fréquenter l’étude, bénéficier d’activités périscolaires et finir par un accueil de loisirs le soir. Et encore, le Temps d’Activité Périscolaire pour les nôtres sera de 45 minutes par semaine en alternance avec l’étude surveillée…

Mais dans les petites communes, comment ça se passe ? Quelles sont les activités proposées ?

Pour Magali : “Les TAP c’est dessin ou foot dans la cour d’école
Pour Fred : “On applique le rythme mais pas les TAP car pas de budget : donc garderie
Pour Vanessa : “Pas
de périsco, pas de personnel associatif, pas d’intervenant extérieur
… personne ne ”montera” sur notre montagne pour 45 min (sachant
qu’il faut une demi-heure de voiture pour accéder au village)

Ces quelques exemples montrent bien qu’en fonction de la taille de la commune, du nombre d’enfants fréquentant les écoles, de son budget de fonctionnement, les activités proposées ne seront pas les mêmes.

– INÉGALITÉS DANS LES RYTHMES BIOLOGIQUES :

Quitte à instaurer une réforme des rythmes scolaires, pourquoi avoir laissé le choix aux communes du mercredi matin ou du samedi matin ?

Certaines ont été à l’écoute des parents, ont pris en compte les situations des parents séparés, d’autres ont écouté les avis “d’experts” indiquant que le jour de repos du mercredi était bénéfique pour les enfants et qu’il était préférable qu’ils aient école le samedi matin.

Perso, mes enfants vont au centre de loisirs le mercredi alors les lever EN PLUS le samedi matin alors que c’est une matinée où on est cool (presque une matinée “Famille Ricorée” !!!) j’avais dit non, non et NON !!!

Donc certains enfants vont se retrouver dans cette situation et là, sincèrement, je m’interroge sur leur état de fatigue dès la fin du premier trimestre. D’autant que certaines activités sportives, artistiques, culturelles… vont être décalées au samedi après-midi…

Dans certaines communes, les TAP se feront sur le temps du début d’après-midi, au moment où certains feront la sieste et d’autres participeront donc à des activités… Pour ces enfants, il faudra donc choisir entre dormir et faire du sport/écouter de la musique/autre si mis en place dans la commune.

Et entendu ce soir à la sortie de l’école “Ah ben, si je dois payer pour le centre de loisirs le soir, autant qu’il reste jusqu’à 18 h 30 avec les animateurs !” – Alléger les journées des enfants vous avez dit ???

– INÉGALITÉS DANS LES AVIS :

Je termine par ce paragraphe parce qu’il y a différents avis et qu’ici, j’ai exprimé le mien qui me semble partagé par plusieurs personnes.

Mais il existe aussi des avis favorables, des parents qui trouvent que cette réforme n’a pas apporté de grands changements dans les rythmes de leurs enfants, qu’elle a permis l’accès à la culture pour tous…

Pour l’instant, je ne sais pas ce que cette réforme va apporter à mes enfants et je crains non seulement un surcroît de fatigue mais également un coût supplémentaires pour ces quelques heures de “garderie”.

On en reparle dans un an ?????

A lire également, l’article de Harmony Bobo “Lettre à Vincent et Benoit” 

 

Commentaires

  1. Répondre

    • Répondre

  2. Répondre

    • Répondre

Cet article vous donne envie de réagir, laissez un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :