Mère et féministe, est-ce compliqué ?

Souvent le midi, avec mes collègues, nous avons des temps d’échanges sur des sujets divers et variés. Depuis un an maintenant, des jeunes (moins de 25 ans) sont venues agrandir les effectifs de notre structure. Elles sont brillantes, intelligentes, elles apportent un regard neuf sur notre travail et sont forces de propositions.

Avec mes collègues plus âgées, on se prend parfois des coups de vieux avec nos vannes qui tombent à l’eau, nos références qu’elles ne connaissent pas. Alors on se charrie les un.e.s les autres et on s’amuse bien.

Frida Kahlo - Street art - Egalimère - Silent Sunday 80

Parfois, nos discussions vont plus loin que les simples échanges sur les loisirs, les weekend ou les enfants. Je pense notamment à cette fois où nous parlions de ce que la maternité avait changé chez celles qui avaient déjà des enfants. Et puis, l’une des jeunes collègues a demandé :

“C’est pas compliqué de devenir mère maintenant en étant féministe ?”

Sur le coup, je n’ai pas su quoi répondre. Bah non, c’est pas compliqué de devenir mère et d’essayer d’élever ses enfants dans le respect des autres, des femmes et des hommes. Oui, “essayer” parce que je vous rappelle que mes fils sont à “la bonne école” mais que parfois, ils reviennent de classe avec un refus de remettre des chaussures avec un peu de rose dessus parce que “le rose c’est pour les filles“.

Arghhhh, non, vade retro satanas, pas chez moiiiiiiii !!! Ah si, chez moi aussi.

le rose c'est pour les filles - let toys be toys

Bref, pas facile tous les jours non plus de partir à l’assaut des stéréotypes et de promouvoir l’égalité femmes-hommes, la répartition des tâches quand ils ont sous les yeux un modèle de “maman qui travaille à 4/5ème” (choisi, je précise), dans le domaine du social (oh dis donc, est-ce que mon orientation scolaire aurait été influencée par le fait que je sois une fille ???), qui gagne moins que son mari. Arghhhh !!!

Bah oui, chez moi aussi… Allez-y, vous pouvez vous moquer de moi qui défend cœur et âme l’égalité

Campagne Laboratoire de l’Egalité

Mais laissez-moi revenir à cette question “est-ce que devenir mère quand on est féministe c’est pas compliqué ?”

J’y ai repensé à cette question. Beaucoup même. Et puis je me suis souvenue de :

  • cette jeunesse dans une famille aimante et “traditionnelle” : papa gagne pain, maman gagne rien comme le dit l’expression consacrée au modèle patriarcal. Mais, même si parfois il y a pu y avoir quelques différences dans les rôles entre mon frère et mes sœurs, nous avons reçu la même éducation, nous avons été encouragé.e.s à faire des études, à avoir un métier, à être autonomes et indépendant.e.s
Bonhomme Coeur - Ti'Loulou - Egalimère
  • ma scolarité qui, dès les premières difficultés dans les matières scientifiques, se sont soldées par un “tu es une fille, tu es faite pour les matières littéraires, pas pour les maths et la physique…
  • la vie avec celuiquimabousilléedelintérieur qui a réussi à faire de moi cette chose sans vie et sans âme qui se sentait incapable de vivre sans lui, au travers de lui, pour lui…
  • ma recherche d’emploi de retour en métropole et la peur que je “fasse un enfant dès la signature de mon CDI parce que vous avez 30 ans passés maintenant…”
Doudous Loulou et Ti'Loulou Egalimère
  • l’annonce de ma première grossesse plutôt bien accueillie mais un retour difficile au travail car dès la reprise, je reprenais l’animation d’un groupe sur une semaine sans avoir rien préparé en amont (donc, obligée de travailler au retour à la maison pour préparer les animations du lendemain…) parce que la structure ne pouvait pas se permettre de me laisser “2 jours de reprise en douceur hein” ,
  • ces entretiens pour la place en crèche pendant lesquels on me demande comment JE vais m’organiser par rapport au travail et les horaires de crèche sans se soucier de connaître l’implication de mon conjoint dans la parentalité,
  • mes collègues qui partent en formation et pas moi parce que je m’étais déjà absentée 4 mois pour faire un enfant,
  • cet emploi perdu et des entretiens qui ont suivi pendant lesquels la question de mes horaires de travail et la compatibilité avec mon rôle de mère,
  • ce CDD qui n’a pas été renouvelé parce qu’il valait “mieux que je reste chez moi à 5 mois de grossesse” selon cet employeur,
  • cet emploi pour lequel j’ai accepté d’être payée au rabais parce qu’il était proche de chez moi et m’évitait de perdre 2 h dans les transports en commun,
  • cette responsable qui nous collait des réunions le vendredi soir à 17 h et jugeait de notre implication dans le travail à la présence à ces dernières…

Hélas, cette liste n’est pas exhaustive parce que je pourrais en rajouter des exemples, encore et encore.

En repensant à tout ça, je me suis rendue compte d’une chose :

La maternité a renforcé mon féminisme !

Oui, parce que c’est en devenant mère que je me suis rendue compte de la charge que la société fait peser sur nos épaules maternelles. Du renforcement du poids des stéréotypes et des rôles sociaux attribués en fonction de notre sexe. De cette capacité qu’ont les autres à juger une femme sur son statut familial et non ses capacités et compétences.

Que cette difficulté à concilier une vie professionnelle et une vie familiale incombe davantage aux femmes qu’aux hommes. De ce “frein” que représentent les enfants dans les carrières des femmes qui s’arrêtent de travailler pour se consacrer à leur éducation. Du difficile retour au travail après ces périodes parentales. Et puis, de l’impact que cela va avoir sur nos retraites…

Infographie Egalimère égalité 8 mars

Je suis bien consciente de tout ce chemin qu’il reste à parcourir pour parvenir à l’égalité entre les femmes et les hommes parce que je suis aussi concernée à titre personnel par le sujet.

Alors, est-ce que c’est difficile d’être mère et féministe ?

Je ne sais pas si c’est difficile ou facile. Cela doit être pareil chez toute personne essayant d’éduquer ses enfants du mieux qu’elle le peux,
en lui transmettant les valeurs qui l’animent. Je pense à mes copines blogueuses qui parlent d’écologie, celles qui sont végans. Aussi à celles qui sont engagées dans toutes formes de lutte. Au quotidien, on sensibilise nos enfants et puis parfois, ça dérape…

C’est parfois décourageant de voir à quel point je peux continuer moi-même à véhiculer certains stéréotypes.

Cela peut être fatigant aussi parce qu’il faut se battre de manière quasi quotidienne contre ce que mes fils entendent à l’école, à la télévision, ces images qu’ils voient dans la presse.

Parfois, je suis en rogne lorsque je lis des choses comme “éduquez vos garçons à ne pas agresser les filles”. Parce que si c’était si simple de s’en remettre à notre éducation. Tiens, j’en avais parlé ICI d’ailleurs.

Mais maintenant, après avoir trouvé la réponse à cette question, je suis encore plus déterminée à faire avancer les choses.

Ce que j’ai vécu, nous sommes nombreuses à l’avoir vécu et à le vivre encore au quotidien. Et franchement, ça suffit !

Alors je vais continuer à faire ce que je fais depuis quelques années maintenant, à semer ces petites graines ici et sur les réseaux sociaux, à parler de tous ces sujets en espérant faire bouger les choses, sensibiliser, informer…

Parce que mes jeunes collègues qui n’ont pas encore d’enfant ne devraient pas avoir à se poser ce genre de question.


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  6. By Esthel

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