Et demain matin, petit garçon…

J’ai longtemps hésité avant de venir poser mes mots ici. Cette histoire n’est pas la mienne et pourtant, cela ne m’empêche pas d’être très affectée. Je n’ai pas envie d’écrire un article “putaclic”, pas envie de faire pleurer dans les chaumières mais j’ai du mal à garder tout ça au fond de moi. Alors ce n’est peut-être pas le bon endroit, pas la bonne manière de faire mais ce blog, me sert à ça aussi, à exprimer mon ressenti.

Samedi, Loulou avait un match de handball dans une ville voisine. Nous avons décidé de l’accompagner en famille et avions prévenu l’entraîneur que nous les retrouverions directement au gymnase.

Pendant que Loulou se changeait, j’échangeais quelques mots avec les parents déjà présents. On parle de tout et de rien, de la semaine écoulée, du weekend qui s’annonce sous la pluie. Je parle ensuite avec l’entraîneure de Ti’Loulou venue soutenir son fils qui joue dans l’équipe de Loulou. A un moment, elle me fait signe de reculer un peu pour me parler. A voix basse, elle m’annonce que la maman d’un des joueur de l’équipe (absent ce jour-là) est décédée dans la nuit de mercredi à jeudi. Un arrêt cardiaque. Je lui ai demandé de répéter tant je ne pouvais pas croire ce que je venais d’entendre. Mais j’avais bien entendu et j’avais du mal à y croire, à réaliser que cette si jeune femme est morte. Comme ça, d’un coup.

Les autres parents et les enfants avaient déjà été prévenus quand ils s’étaient réunis au point de rendez-vous. Le match a commencé, nous avons soutenu nos petits joueurs… Le temps d’un instant, nous avons mis cette bien mauvaise nouvelle de côté.

A la fin du match, l’entraîneur de Loulou a réuni tous les parents pour nous parler. Il nous a indiqué que, les enfants étant au courant, ils pourraient avoir besoin d’en discuter avec nous. Lors du prochain entraînement, les enfants auront la possibilité d’écrire un mot sur une carte pour leur copain. Ou de faire un dessin, ou quoique ce soit qui leur permettrait d’exprimer leur soutien. Une collecte va également être organisée par le club pour soutenir la famille.

Les enfants nous ont rejoints et nous sommes parti·e·s chacun de notre côté. Loulou m’a demandé si j’étais au courant, je lui ai répondu que je venais de l’apprendre. Il était triste pour son copain et trouvait ça injuste de perdre sa maman maintenant. Mais, de retour à la maison, il n’en a plus parlé et a retrouvé ses jeux, jouets…

Mais moi, j’étais très affectée par la mort si soudaine de cette maman. Nos enfants se côtoient depuis le mini-hand, ils étaient dans la même école primaire, sont dans le même collège. Nous avons passé des dimanche à encourager nos enfants, partagé des repas de fin d’année. J’ai vu ses enfants grandir et la petit dernière faire ses premiers pas dans les gradins. Et puis là, comme ça, d’un coup, elle n’est plus là.

J’ai aussi beaucoup pensé à ses enfants. Depuis quelques temps, par la force des choses, ils ont été amenés à prendre des responsabilités et de l’autonomie. Parents séparés, mère qui reprend le travail cela leur a demandé de grandir rapidement à un âge où d’autres sont encore bien immatures.

Le plus grand a 14 ans et c’est déjà une belle personne, tant physiquement qu’au niveau de son comportement. Ce grand gaillard est l’un des seuls qui dit bonjour à tous les parents, qui rassure ses coéquipiers, encourage les autres. Il est déjà très investi dans le club de handball et vient souvent arbitrer les matchs des plus jeunes à domicile.

Leur petite sœur est un peu la mascotte de l’équipe de Loulou. Elle est pétillante, souriante et donne de la voix pour encourager ses grands frères depuis les gradins. Et puis, elle me fait des gros câlins de temps en temps et des jolis dessins. Un petit rayon de soleil.

Et je pense à lui, celui qui a l’âge de mon fils. Il a toujours été plus grand et plus costaud que les autres enfants de son âge. Sa carrure robuste peut donner l’illusion d’un garçon “fort et courageux” mais ce n’est qu’une armure. Parce qu’à l’intérieur de lui, c’est un garçon très sensible qui prend les choses très à cœur. Il se met la pression avant chaque match et quand il n’est pas content de lui, cours s’isoler au lieu de rester avec son équipe. Quand son regard se pose sur sa petite sœur, il ne peut s’empêcher de sourire. Il me donne l’impression d’être très sensible et attentionné. D’ailleurs, il y a quelques semaines, il était très inquiet de ne pas voir sa mère l’attendre au retour d’un match. Il était avec moi, je lui ai proposé de l’appeler. Elle était en train de faire les courses et comme il y avait beaucoup de monde, n’avait pas pu être là à temps. Il était déçu et un peu en colère que sa mère ne soit pas là.

Et c’est à ça que je pense maintenant qu’il va devoir affronter cette terrible épreuve. Parce que, dans les jours qui viennent, il va passer par plusieurs phases allant du déni à la colère. Il va devoir descendre bien bas avant de pouvoir remonter la pente et accepter l’inacceptable.

Alors quand je pense à ce garçon, j’ai juste envie de le prendre dans mes bras et lui dire que tout ira bien. Mais non, tout n’ira pas bien. Comment ça pourrait bien aller quand on perd sa mère de manière si brutale à 12 ans ?

Il a 12 ans bordel, l’âge de Loulou. Et forcément, je me projette dans cette histoire parce que je me dis que ça pourrait être moi. Que je pourrais partir comme ça parce que mon cœur aurait décidé d’arrêter de battre. L’idée que je pourrais laisser mes enfants m’est insupportable. Pas maintenant en tous cas. En même temps, j’ai failli perdre ma mère l’an dernier et je crois bien qu’on n’est jamais préparé au décès d’un proche “en bonne santé”. Malade non plus d’ailleurs.

Et pourtant, ce petit garçon va devoir apprendre à vivre avec ce manque, avec cette absence. La grande famille du handball sera toujours là pour lui, son frère et sa sœur. Il pourra compter sur la présence de ses copains, de sa famille mais rien ne sera jamais plus comme avant.

Je ne sais pas s’il existe un au-delà, si cette maman est devenue une petite étoile et si elle pourra veiller sur ses enfants. Mais j’aime à croire que oui. Qu’elle pourra toujours porter, de là où se trouve maintenant, ce regard plein d’amour et de fierté sur ses enfants. Qu’elle leur donnera la force d’avancer dans la vie, de se construire malgré tout.

Et demain matin, petit garçon, j’espère que tu pourras continuer à aimer, à rire, à profiter de la vie. Et peut-être même retrouver une part de ton insouciance, une part de cette enfance qui t’a été volée la semaine dernière…

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  1. By Doublerose

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  2. By Christine

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  5. By Sev

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