Photo de groupe et pouvoir d’invisibilité

Au moment de nous installer pour cette photo de groupe, je ne me suis pas mise à l’avant. Avec mes talons hauts, je laissais la place aux plus petites en me plaçant derrière. Tout le monde voulait apparaître sur la photo aux côtés de cette personnalité. J’étais à proximité d’elle, sans être collée non plus et cela me convenait bien.

J’ai souris en pensant que je pourrais dire  à mes enfants : “Regarde, Maman pose à côté de cette personne connue !“. Je leur avais parlé de cette visite dans mon entreprise depuis quelques jours. Le matin même, Loulou m’avait demandé comment j’allais m’habiller et si je mettrais une jolie robe. J’ai répondu que non, je n’avais rien de particulier à mettre pour cette visite, juste l’envie d’être moi et de me présenter en vrai. Alors oui, je souriais, entourée de mes collègues, toute proche de cette personne.

Egalimère photo de groupe

Le photographe a pointé son objectif et là, en deux secondes, tout à changé.

Jusque là, je voyais bien le photographe et j’étais bien placée pour la photo de groupe. Mais, juste avant qu’il appuie sur le bouton, the Big Boss de la boîte est venu se mettre juste à côté de la personnalité. Se faisant, Big Boss a fait reculer la personne juste à côté de la personnalité pour prendre sa place. Cette personne s’est donc déplacée pour se retrouver juste devant moi. Je me suis décalée un peu mais j’étais coincée à l’arrière entre mes collègues. Devant moi, la personne qui avait dû se décaler et Big Boss me cachaient de l’objectif du photographe. J’ai penché la tête à droite, à gauche, mais je ne voyais rien d’autre que des dos.

Un long soupir s’est échappé de ma bouche. J’ai regardé mon collègue et j’ai dit “Coucou, cachée. Coucou, cachée !!!“. Il n’a pas compris sur le coup alors il a relevé la tête et il a souri.

Clic, clac, c’est dans la boîte, le photographe a remballé son objectif. Fin de la photo de groupe.

Avant la photo de groupe

Je me faisais un plaisir de rencontrer “en vrai” cette personnalité. Cela fait plus de 4 ans que je la suis sur les réseaux sociaux et nous avons eu l’occasion d’échanger à plusieurs reprises. J’ai déjà échangé avec elle en face à face lors de grands événements liés au blog. Il est difficile de se rappeler de mon visage tant mon avatar est lié à mon blog. Même les copines blogueuses auraient du mal à me reconnaître si elles me croisaient dans la rue (dixit La Carne 🙂 ). Alors pouvoir lui serrer la main et lui permettre de mettre un visage sur mon nom, ça me rendait pleine de fierté. Un peu comme si la voir me permettrait d’assouvir un besoin de reconnaissance de tout ce que je publie ici.

Juste avant son arrivée, c’était l’effervescence dans la boîte. Les salarié.e.s avaient été sommé.e.s de se réunir dans l’entrée pour l’accueillir. Chacun.e y allait de ses questions, se demandant combien de temps elle passerait avec chacun de nous. Est-ce qu’elle allait demander à en savoir davantage sur nos fonctions ? Nous demanderait-elle de lui parler de notre travail et de nos actions sur le terrain ? Nous n’en savions rien.

Et puis, elle est arrivée. Solaire et souriante.

Elle a été accueillie par Big Boss puis a rencontré l’équipe. Tout le monde a pu lui serrer la main. Je me suis présentée, elle a souri en disant qu’elle était enchantée. J’aurai presque eu envie de lui faire la bise à ce moment-là mais cela n’aurait pas été approprié du tout.

Big Boss a fait un petit discours de bienvenue. La personnalité a fait un discours sur les raisons de sa présence. Tout le monde a applaudit parce que ses mots ont fait écho en chacun.e de nous. Elle a su nous rassurer sur notre rôle et nos valeurs. Tout à coup, nous avions toutes et tous envie de lui montrer qu’on serait là pour la soutenir, que nous étions solidaires.

Le photographe est arrivé et a demandé si nous pouvions faire une photo de groupe avec toute l’équipe. Elle a souri et a même proposé que nous nous placions en quinconce pour que tout le monde apparaisse.

La suite, vous la connaissez. Clic clac, c’est dans la boîte.

L’après photo de groupe

Avant de rejoindre nos bureaux respectifs, nous avons échangé sur cette visite. Nous étions toutes et tous ravies et optimistes. Cette visite redonnait du sens à nos actions et devait nous encourager à continuer.

Et pour moi, cela tombe très bien puisque, depuis quelques temps, j’ai l’impression de perdre ma motivation au travail. J’aime profondément ce que je fais mais je me sens de plus en plus contrainte à une certaine invisibilité. Je participe à des rédactions d’articles pour la presse ou pour un ouvrage collectif mais mon nom n’apparaît pas. Les supports de communication que je réalise sont du fait de ma boîte et non le fruit de mon travail et celui de mon équipe. Les contacts avec les personnes en région se font plus rares et certaines m’en font la remarque. Ce mode de fonctionnement est établi depuis de nombreuses années et concerne tous les membres de la société.

Comme toute personne investie dans son travail, j’ai ce besoin de reconnaissance de ce que je fais. Ce sentiment ne me semble pas déplacé. Il me semble que nous en avons toutes et tous besoin pour avancer dans la vie. Qu’être reconnu.e.s pour ce que nous sommes ou faisons nous permet de continuer à aller de l’avant. Que cela donne du sens à notre travail. Mais depuis quelques temps, il y a cette impression qui ne me quitte plus : je deviens invisible.

Quelques minutes après avoir rejoint mon bureau, j’ai pu voir la photo de groupe. Je l’ai scrutée un moment détaillant chaque visage, bout de corps, partie de chevelure. Mais malgré tout, sur cette photo de groupe, je n’apparais pas. Je suis cachée. Je suis invisible.

Prendre la parole sortir de sa coquille

Crédit photo @Nana Cam Photo

J’ai mal à mon égo ?

J’ai envoyé la photo à ma copine Emilie, vous savez, la super thérapeute qui avait participé à ce superbe article sur la culpabilité. Je lui ai indiqué “J’ai développé un pouvoir d’invisibilité !” suivi de “Lol” ou quelque chose dans le genre.

Elle n’a pas trouvé ça drôle et m’a tout de suite demandé ce que cela provoquait en moi, ce que je ressentais.

Sur le coup, même si cela me chagrinait de ne pas apparaître sur cette photo souvenir, j’ai cru que je m’en moquais. Alors ma réponse a été dans ce sens. Mais je crois qu’Emilie me connaît bien. Elle a laissé faire son chemin à cette idée qui venait de germer dans ma tête. Ce n’est que quelques heures après que ça m’est revenu en pleine conscience.

J’ai réalisé que cela m’atteignait de ne pas apparaître sur cette photo de groupe.

Comme si là, devant mes yeux, il y avait l’image de ce que je ressens par rapport à mon rôle et ma place dans mon travail. Ce qui est paradoxal, c’est que je sais que mon travail est apprécié par mes collègues et mes responsables. Je sais que j’apporte des choses à cette entreprise et que je contribue à faire avancer les choses. Mais j’ai réalisé en revoyant cette photo de groupe qu’il était peut-être venu le temps du changement.

Le soir en rentrant, je n’ai pas montré la photo à mes enfants parce qu’il n’y avait “rien” à montrer. J’ai en moi le sourire de cette personnalité et sa poignée de main chaleureuse. Je garde en moi son discours parce qu’il fait sens avec mes valeurs et mon envie de me battre pour faire avancer les choses.

Mais tout ça, est-ce que dois continuer à le faire dans l’ombre ? Est-ce que je dois continuer à être invisible ?

Je n’ai pas encore la réponse, mais comme dirait Ti’Loulou : “Il y a comme une porte qui s’est ouverte dans ma tête et j’ai compris quelque chose…

TO BE CONTINUED…


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