Congélation d’ovocytes et carrière professionnelle des femmes

Même si je suis ce qu’on qualifie de “Maman sur le tard”, je ne me suis jamais posée la question de ma “date de péremption de procréation naturelle”. Je ne me suis jamais préoccupée d’une quelconque congélation d’ovocytes. Je ne me suis jamais demandé si ma carrière professionnelle passerait avant mes enfants ou après.

Pour tout vous avouer, dans mon “ancienne vie”, les enfants n’avaient pas leur place. C’était lui + moi + nos loisirs + nos amis. C’est à grand renfort d’auto-persuasion que j’en étais arrivée à la conclusion que non, la maternité ne passerait pas par moi ! Voir le ventre de mes copines s’arrondir, les voir s’extasier devant leur “merveille” était quelque chose de complètement surréaliste. Mais comment une femme pouvait-elle supporter de voir son corps se déformer comme ça ? Prendre du poids, accoucher dans d’atroces souffrances et s’extasier devant un “truc” qui ne fait que manger-dormir-faire pipi-caca ????

Mais ça, c’était avant ! Avant de rencontrer celui qui allait bousculer toutes mes convictions et faire de moi la mère que je suis devenue.

Test grossesse - Egalimère

A 35 ans, le chemin a été long avant de pouvoir devenir mère, semé d’embûches tant psychologiques que physiologiques. Mais nous n’avons pas eu passer par des parcours de PMA, de FIV ou d’adoption.

J’ai eu de la chance, j’ai travaillé pour des structures qui avaient mis en place des conditions favorables à la poursuite de mon activité professionnelle pendant mes grossesses. Elles ont respecté le code du travail d’une part et en fait preuve d’anticipation sur mon congé maternité et ma reprise de poste d’autre part.

Donc, l’impact de mes grossesses et congés maternités sur mon évolution professionnelle est un sujet dont je ne m’étais jamais préoccupée. Et encore moins celui de la congélation de mes ovocytes.

Un témoignage sur la congélation d’ovocytes

Et puis récemment, j’ai lu différents articles relatant le parcours et l’expérience de Garance Yverneau, cette jeune entrepreneure, fondatrice de 5A Conseil et Happy Families. Elle avouait avoir fait congeler ses ovocytes. Garance avait accepté de témoigner sur son parcours de créatrice d’entreprise. Il était évident à la lecture de ce dernier qu’elle se donnait corps et âme à la réussite de ses projets.

Garance Yverneau témoigne de la congélation d'ovocytes

Garance Yverneau © Jean-Luc Bertini

Lorsque j’ai lu son témoignage, je me suis dit “wouaw” ! Garance ose briser le tabou de la congélation d’ovocytes. Elle confesse qu’elle a consacré beaucoup de son temps à la réussite de ses projets professionnels mais qu’elle anticipe sur l’avenir. Elle préfère prendre toutes les mesures qui s’imposent pour pouvoir un jour réaliser un autre projet, celui de devenir mère.

Le choix de Garance Yverneau comme celui d’autres femmes est personnel. C’est elle qui a décidé et qui se réserve de choisir quand cela sera LE moment de concevoir son enfant. Choisir de pouvoir le porter, lui donner la vie, lui consacrer du temps, l’aimer…

Mais, quelques temps plus tard est paru cet article dans le journal LE MONDE. Facebook et Apple avaient décidé de financer la congélation d’ovocytes pour leur employées en l’incluant dans l’assurance santé offerte à ses salarié-e-s.

congélation d'ovocytes facebook

Des employées de Facebook au siège européen de l’entreprise, à Dublin, en octobre 2013. dpa Picture-Alliance/AFP / Jessica Binsch

Cette information m’avait déjà interpelée mais lors de la soirée-rencontre avec LES REZOTEUSES, nous nous sommes davantage penchées sur la question.

Attirer et retenir des cadres

Notons que “pour ces entreprises, il s’agit d’attirer et de retenir les cadres par des avantages que d’autres employeurs ne sont pas en mesure de proposer“. A 20 000 dollars la procédure de conservation de deux ovocytes suivis de 500 dollars annuels, on comprend mieux que les entreprises concurrentes aient du mal à s’aligner.

Donc, il s’agit bien d’une procédure totalement discriminatoire puisque s’adressant à des cadres… Je n’y connais rien en droit du travail américain alors ces propos sont issus de mes réflexions et de celles des participantes à la soirée d’échanges.

Si la secrétaire, la comptable, l’agente de tri du courrier, la réceptionniste, la chargée de sécurité envisage de faire congeler ses ovocytes, elle est exclue de cette procédure et devra payer les 20 000 dollars qu’elle n’a pas pour espérer devenir mère quand elle l’aurai choisi ! Ah mais non, voyons, elles ne sont pas indispensables sur leur poste de travail ! Elles peuvent donc s’absenter pendant un congé maternité voire même un congé parental…

Qu’est ce que cela signifie donc pour une entreprise que d’inclure cette mesure dans l’assurance santé offerte aux cadres ? A partir de quel moment peut-on laisser une entreprise interférer dans notre vie privée sur la question du choix ou non d’avoir des enfants et à quel moment de notre carrière ?

Parce que là est bien la question : si l’entreprise propose la congélation des ovocytes, est-ce vraiment désintéressé ? Quels sont les enjeux derrière cette proposition ?

Ne serait-ce pas là un moyen de réduire les absences des cadres liées au congé maternité ?

Si on vous assure de pouvoir reporter votre grossesse une fois que vous aurez réussi votre carrière professionnelle, si cela sous-entend qu’on peut repousser les limites physiologiques de la conception d’un enfant pour une femmes, alors qu’est-ce qui vous empêche de vous consacrer entièrement à votre emploi ?

La congélation d’ovocytes proposée par l’entreprise est-elle une mesure en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes ?

Pour moi, la réponse est non parce que cette mesure est discriminatoire. Est-ce qu’on proposerait à un homme de faire congeler son sperme pour avoir l’assurance de devenir père quand il aurait “réussi” sa carrière professionnelle ? NON !

Est-ce que l’entreprise pense que la paternité à une influence sur l’investissement au travail ? NON !

Pour certaines femmes qui le désirent et pour qui cela relève d’un choix personnel, cette mesure est une réelle opportunité d’investissement dans sa carrière professionnelle.

Mais pour celles qui décident de ne pas remettre leur désir de maternité à plus tard, quelle incidence cela pourrait avoir sur la perception que la hiérarchie aurait d’elles ? “je lui propose de faire congeler ses ovocytes mais elle refuse. Cela signifie qu’elle envisage de faire un enfant prochainement ? Elle n’est donc pas investie dans le projet de développement de l’entreprise…” ???

Pour pousser la caricature à l’extrême, nous avons eu ce raisonnement. Lorsque sera venu le moment pour la femme cadre ayant “réussi” sa carrière d’avoir des enfants, elle aura tant de responsabilités qu’elle ne pourra toujours pas s’absenter pendant sa grossesse. L’entreprise prendra-t-elle alors à sa charge les frais lié à une Gestation Par Autrui ?

Le débat est vaste sur cette proposition de Facebook et Apple. De nombreuses interrogations restent en suspens. Faut-il y voir une avancée managériale ou une aliénation à son travail ?

Une chose est certaine, cette mesure n’a pas fini d’alimenter les débats…

 

Commentaires

  1. Par Nane

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    • Par la carne

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  2. Par Catwoman

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  3. Par Anonyme

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